Les tactiques douanières de Trump : un sujet de tension constante dans le commerce mondial
Depuis son retour au premier plan, Donald Trump ne cesse de déstabiliser les règles du commerce mondial, au point qu’analystes et diplomates parlent désormais de « tarif Schrödinger » : un droit de douane à la fois là… et pas là, en fonction de l’heure, de la semaine, ou de l’humeur du président américain. Cette appellation à la fois ironique et révélatrice illustre bien l’incertitude permanente qui plane autour des décisions économiques des États-Unis.
Le dernier épisode en date n’a fait qu’amplifier ce sentiment de chaos organisé. Trump avait initialement fixé au 9 juillet une date butoir ferme et menaçante : au-delà, des droits de douane massifs devaient s’appliquer à une large gamme de produits importés, en particulier en provenance d’Asie. Mais à la surprise générale, ce couperet a été repoussé au 1er août, laissant à ses partenaires commerciaux quelques jours de répit, et surtout une fenêtre supplémentaire pour tenter de négocier.
Une stratégie d’improvisation ? Pas vraiment. Pour Nikolaus Lang, directeur du Henderson Institute du BCG, ce retournement de situation n’a rien d’étonnant. Selon lui, Trump entretient volontairement une forme d’ambiguïté calculée : il crée la menace, puis retarde l’échéance pour en tirer un maximum de concessions. Mais au fond, ses exigences étaient de toute façon irréalistes. Obtenir un ensemble d’accords commerciaux bilatéraux en 90 jours tient du fantasme, compte tenu de la complexité des sujets, des désaccords structurels et du manque de temps.
Les partenaires commerciaux des États-Unis – Japon, Corée du Sud, Europe… – restent donc dans l’expectative. Certains ont déjà reçu des lettres d’avertissement annonçant la couleur, tandis que d’autres tentent encore de comprendre le véritable jeu de la Maison-Blanche. Et pendant ce temps, la menace plane toujours, renforçant un sentiment de précarité diplomatique inédit. Ce n’est plus du commerce, c’est de la pression politique.
En effet, Trump utilise désormais les droits de douane comme un levier de politique étrangère, n’hésitant pas à s’en servir pour influencer des décisions politiques internes à d’autres États. Dernier exemple en date : le Brésil, sommé d’adopter une attitude favorable à l’ancien président Jair Bolsonaro, sous peine de sanctions économiques. Une démarche critiquée, y compris à Washington, où certains voient dans cette stratégie un dangereux précédent.
Mais cette tactique du chaos a ses limites. Sur le long terme, son efficacité est loin d’être garantie. Les partenaires des États-Unis commencent à s’organiser. L’Europe, par exemple, se prépare à des ripostes ciblées, notamment par le biais d’une taxe sur les services numériques, qui frapperait directement les géants technologiques américains.
Autre paradoxe de la politique commerciale de Trump : le débat reste centré sur les biens manufacturés, alors même que les services représentent aujourd’hui plus de 70 % de l’économie américaine et un pilier de son excédent commercial mondial. Une négligence qui pourrait, à terme, affaiblir les positions américaines dans les secteurs les plus dynamiques du XXIe siècle.
En résumé, Trump impose son tempo, fait planer la menace, puis brouille les pistes. Ce jeu diplomatique déroutant place les économies partenaires dans une posture défensive permanente. Mais à trop jouer avec les nerfs des autres puissances, il risque de provoquer un front commun, bien décidé à redéfinir les règles sans les États-Unis.
Le “tarif Schrödinger” a peut-être encore de beaux jours devant lui… mais le monde commence à ouvrir la boîte.



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