Les tarifs douaniers entrent en scène, l’emploi cède : entre géopolitique, macroéconomie et incertitude sur le Bitcoin
Le lundi 4 août 2025, à 11h, le Bitcoin s’échange autour de 114 600 dollars, sous la zone de consolidation observée ces dernières semaines. Si les projecteurs restent braqués sur les marchés crypto, les investisseurs font également face à une série de signaux macroéconomiques ambivalents. Entre tensions commerciales croissantes, chiffres de l’emploi décevants et anticipations monétaires mouvantes, l’ensemble des marchés – traditionnels comme numériques – semblent entrer dans une phase de doute. Une phase où la lecture des données devient un exercice d’équilibriste.
Une semaine d’incertitudes
La semaine écoulée a été riche en événements, sans pour autant permettre aux marchés d’y voir plus clair. La Réserve fédérale américaine (Fed) a tenu sa ligne monétaire, rappelant qu’aucun assouplissement ne serait envisagé tant que l’inflation ne reviendrait pas à 2 %, ou que les données macroéconomiques ne justifieraient une baisse des taux. Pourtant, les chiffres de l’emploi publiés vendredi (NFP) ont changé la donne.
Ces données ont surpris à la baisse, confirmant une fragilité croissante du marché du travail américain. Pire encore : les révisions des deux mois précédents ont effacé près de 258 000 emplois des statistiques officielles. Une correction lourde, qui soulève des doutes sur la fiabilité même des données publiées ces derniers mois. En creux, un message s’impose : le marché de l’emploi flanche, lentement mais sûrement.
Powell, ferme sur le ton… mais les chiffres parlent
Malgré cette dégradation, le président de la Fed, Jerome Powell, a maintenu un ton résolument ferme lors de son intervention mercredi dernier. Une posture de faucon (hawkish) qui a visiblement du mal à convaincre, tant les marchés parient désormais sur un prochain cycle de baisse des taux.
Les anticipations de marché se sont réajustées à la hausse concernant une éventuelle baisse dès le mois d’octobre, avec deux ou trois mouvements accommodants attendus d’ici la fin de l’année. Mais cette dynamique ne suffit pas à relancer l’euphorie : les tensions commerciales, notamment entre les États-Unis et la Russie, continuent d’alimenter la nervosité.
Géopolitique : la menace douanière plane
Les relations entre les grandes puissances se sont fortement tendues. L’introduction progressive de nouveaux tarifs douaniers, décidée par Washington en représailles à des mesures jugées « anticoncurrentielles » de la part de ses rivaux, a ravivé les craintes d’une fragmentation accrue du commerce mondial.
Ces tensions ne sont pas sans rappeler les débuts de la guerre commerciale sino-américaine sous Trump. Sauf que cette fois, l’Europe, la Russie et plusieurs économies émergentes sont également concernées. Le VIX, l’indice de la peur à Wall Street, a bondi de 40 % en deux jours, atteignant les 20 points – un niveau symbolique, signe que les acteurs institutionnels prennent ces risques au sérieux.
Certains hedge funds ont d’ores et déjà couvert leurs portefeuilles, et la hausse des volumes sur les options de couverture témoigne d’un climat d’incertitude croissante.
Bitcoin : un géant à la croisée des chemins
Dans ce contexte, le Bitcoin ne parvient pas à retrouver un cap clair. Après avoir atteint un sommet local à 123 181 dollars, la cryptomonnaie a entamé une correction, revenant autour de 114 000 dollars. Une cassure de la consolidation haussière est désormais actée en données journalières, mais l’absence de dynamique claire sur les marchés dérivés suggère que les investisseurs attendent le prochain catalyseur pour trancher.
Les données on-chain apportent un éclairage précieux. Si les détenteurs à long terme restent largement en profit, avec 100 % de l’offre en gains, les détenteurs à court terme affichent des pertes latentes, notamment ceux entrés dans la zone des 115 000 à 120 000 dollars. Cela crée une pression psychologique sur les nouveaux entrants, tentés de vendre en cas de rechute sous les 110 000 dollars.
L’indicateur SOPR (Spent Output Profit Ratio), à 1,00 pour le court terme, montre que le marché est à l’équilibre : les coins vendus sont, en moyenne, ni en perte ni en profit. Le moindre mouvement de panique pourrait donc faire basculer la balance.
Une dynamique haussière encore vivante à long terme
En hebdomadaire, toutefois, la tendance reste haussière tant que le dernier creux de référence à 98 330 dollars tient bon. La polarité technique se situe désormais autour des 110 000 dollars. Une clôture confirmée sous ce niveau ouvrirait la voie à un retracement vers les 103 000 dollars, voire plus bas si les vendeurs prennent le dessus.
À l’inverse, une reprise au-dessus des 115 500 dollars permettrait d’envisager un retour vers 119 000 dollars, puis potentiellement de tester à nouveau les 123 000 dollars. Pour cela, le marché devra montrer des signes concrets : réintégration propre de la zone perdue, volumes haussiers, open interest en hausse, et absence de divergences baissières sur le RSI.
Que disent les indicateurs avancés ?
- Prix réalisé : 117 272 dollars (court terme) – 91 480 dollars (long terme)
- Offre en profit : 70 % (CT) – 100 % (LT)
- Capitalisation de marché : 2 275 milliards de dollars, en recul de 85 milliards sur une semaine
- Dominance Bitcoin : 62 %, testant la moyenne mobile à 50 semaines
Le marché semble digérer un épisode de prises de profits, notamment après le choc de l’épisode des 80 000 BTC vendus fin juillet. Cette purge pourrait, paradoxalement, poser les bases d’un nouveau rallye si les fondamentaux restent solides et que les facteurs macro s’alignent.
Scénarios à surveiller
📉 Scénario baissier
- Clôture sous 110 000 $
- Volume vendeur en augmentation
- Franchissement à la baisse de la moyenne mobile 50 jours
- Extension vers 103 000 $, puis 98 000 $
📈 Scénario haussier
- Réintégration au-dessus de 115 500 $
- Franchissement de la résistance à 119 000 $
- Test des 123 000 $, puis potentiellement nouvelle extension vers 130 000 $ et plus
En conclusion : entre prudence et espoirs contrariés
La situation actuelle du marché reflète un mélange de prudence et de confusion. Les marchés crypto sont dans l’attente : ils oscillent entre les espoirs d’un assouplissement monétaire, les tensions géopolitiques, et des signaux techniques qui peinent à s’aligner. Le Bitcoin, souvent vu comme un actif refuge ou alternatif, reste dépendant de la liquidité globale, et donc… des banques centrales.
Pour les investisseurs, les prochaines semaines seront décisives. Une stabilisation des données économiques, une clarification sur les politiques commerciales, et une reprise des volumes haussiers pourraient relancer la machine. Mais à court terme, le mot d’ordre reste la patience, et la discipline dans l’analyse.
Dans un monde où les tarifs douaniers refont surface et où l’emploi vacille, le Bitcoin reste un baromètre atypique de l’état de santé des marchés… et de la confiance globale dans le système.



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