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Léon Marchand, champion sans effet ? La natation française face à ses contradictions

Léon Marchand, champion sans effet ? La natation française face à ses contradictions

Le mercredi 30 juillet marquait un événement très attendu dans le monde de la natation : le retour de Léon Marchand à la compétition internationale. Véritable prodige des bassins, le nageur toulousain avait marqué les esprits lors des Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024, en décrochant pas moins de quatre médailles d’or individuelles. Une performance exceptionnelle qui l’a hissé au rang des plus grands de sa discipline, égalant un record détenu par seulement trois autres nageurs dans l’histoire des Jeux. Le public, émerveillé par ses exploits, voyait déjà en lui un moteur de croissance pour la natation française. Pourtant, un an plus tard, le constat est amer : la vague Marchand n’a pas submergé les piscines françaises.

Selon les données de l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP), la Fédération française de natation (FFN) n’a enregistré qu’une augmentation de 2,14 % du nombre de licences pour la saison 2024-2025. Un chiffre décevant, d’autant plus qu’il est inférieur à la hausse moyenne des licences sportives en France, qui s’élève à 2,5 % sur la même période. Autrement dit, la natation n’a pas bénéficié d’un effet post-JO supérieur à la moyenne nationale, malgré la vitrine incroyable qu’ont été les Jeux de Paris.

Le contraste est saisissant lorsque l’on observe d’autres disciplines. La Fédération française de tennis de table, par exemple, a connu une véritable explosion de popularité grâce aux performances spectaculaires des frères Lebrun. Leur fougue et leur talent ont su captiver un large public, notamment chez les plus jeunes, et se sont traduits par un afflux de nouvelles inscriptions dans les clubs. Pourquoi alors la natation, pourtant omniprésente dans les programmes scolaires et adorée du grand public, peine-t-elle à séduire au-delà des exploits individuels ?

Une réponse se trouve dans l’état critique des infrastructures aquatiques en France. Les piscines se font rares, vieillissantes et coûteuses à entretenir. De nombreuses collectivités locales, confrontées à des budgets contraints, n’arrivent plus à maintenir en état leurs installations, sans parler d’en construire de nouvelles. Résultat : le nombre de piscines publiques diminue chaque année, réduisant mécaniquement l’accès à la pratique, en particulier dans les zones rurales ou les quartiers populaires.

Face à cette situation préoccupante, la FFN tire la sonnette d’alarme. Son directeur, Laurent Ciubini, appelle à un nouveau plan piscines, ambitieux et coordonné, qui permettrait de redynamiser l’accès à la natation sur l’ensemble du territoire. Pour lui, la popularité de la natation ne faiblit pas, bien au contraire. Mais elle se heurte à un mur bien réel : le manque d’infrastructures disponibles. Même en dehors du cadre compétitif, la natation reste l’un des sports les plus pratiqués en France, notamment pour des raisons de santé, de sécurité ou de loisir. Le potentiel est là, mais il manque les moyens.

Il est urgent de capitaliser sur la dynamique créée par Léon Marchand. Ses performances ne doivent pas rester de simples souvenirs dorés dans les archives du sport français. Elles doivent servir d’impulsion pour repenser le rôle de la natation dans notre société, non seulement comme discipline de haut niveau, mais comme compétence de base accessible à tous. Un enfant qui veut nager ne devrait jamais se heurter à une piscine fermée ou inexistante.

Si la France veut véritablement tirer profit de ses champions, elle doit leur offrir un terreau fertile. Ce n’est qu’à ce prix que les victoires individuelles pourront se transformer en victoires collectives.

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