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Le métavers : chronique d’une disparition annoncée dans le secteur technologique

Le métavers : chronique d’une disparition annoncée dans le secteur technologique

Il y a tout juste deux ans, impossible d’ignorer le métavers. Le sujet était sur toutes les lèvres, dans toutes les conférences et au cœur des stratégies des géants de la tech. Enthousiasmés par la promesse d’un internet immersif, d’interactions sociales inédites et de nouvelles opportunités économiques, experts et investisseurs misaient gros sur ce paradigme digital, défini comme la prochaine grande révolution du numérique. Aujourd’hui pourtant, le silence est quasiment total autour du métavers, désormais éclipsé par d’autres innovations. Retour sur l’itinéraire éclair de cet objet technologique non identifié.\n\nTout semblait destiner le métavers à s’imposer comme la nouvelle frontière des usages digitaux. Lorsque Mark Zuckerberg annonçait en 2021 le changement de nom de Facebook en Meta, la planète tech s’enflammait. L’entreprise de la Silicon Valley promettait d’engloutir des milliards de dollars dans le développement de ses mondes virtuels, tandis qu’une pluie d’initiatives émergeaient aux quatre coins du monde. Les secteurs du jeu vidéo, de l’immobilier ou de l’événementiel se préparaient à « pivoter » vers ces univers en 3D censés offrir une expérience inédite aux internautes, qu’ils soient consommateurs ou simples curieux.\n\nPourtant, malgré des investissements massifs et l’effet boule de neige médiatique, le métavers n’a jamais trouvé son public à grande échelle. Manque de maturité technologique, interfaces encore peu ergonomiques et surtout brouillard autour des usages réels ont freiné l’enthousiasme initial. « Le métavers est resté un concept et n’a pas réussi à s’incarner dans des plateformes ou applications véritablement attractives pour le grand public », analyse Claire Giraud, analyste indépendante du secteur numérique.\n\nDans le sillage du désamour pour les NFT et la crypto-monnaie, lui aussi enfants d’une même effervescence spéculative, le métavers peine à convertir l’expérimentation en rentabilité. Sur le terrain, de nombreux projets sont en pause ou revus à la baisse, faute d’utilisateurs et de business model clair. Meta a d’ailleurs, en 2023, réduit la voilure tout en reportant officiellement ses ambitions à plus long terme. D’autres, comme Microsoft, sont restés plus discrets, préférant consolider leur présence sur des segments plus matures comme l’intelligence artificielle et le cloud.\n\nLe reflux du métavers illustre la volatilité des grandes tendances technologiques, où l’excitation initiale laisse vite place à une forme de scepticisme. L’explosion en 2023 de l’intelligence artificielle générative, portée par des outils comme ChatGPT, a définitivement fait basculer l’attention du secteur, reléguant le métavers dans une forme d’oubli médiatique. « L’industrie fonctionne par vagues. Lorsque la vague du métavers a commencé à retomber, nombre d’acteurs se sont engouffrés dans la prochaine promesse », observe Thomas Lemaire, consultant en innovation.\n\nFaut-il pour autant enterrer définitivement le métavers ? Nombreux sont ceux à penser que le mouvement est moins mort qu’en sommeil, et qu’il renaîtra à mesure que les usages, les technologies et la demande du public évolueront. Certains pans de l’industrie, comme la formation professionnelle ou le divertissement, continuent discrètement d’investir dans des expériences immersives, explorant les potentialités offertes par la réalité virtuelle. Mais le rêve d’un monde numérique parallèle, accessible à tous et à toute heure, semble devoir attendre encore pour sortir de la case science-fiction. Pour l’instant, le métavers rejoint la longue liste des étoiles filantes de la tech, brillant brièvement avant de disparaître dans les profondeurs du marché.

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