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Tension diplomatique autour du pétrole russe : l’Inde riposte aux critiques de Donald Trump

Tension diplomatique autour du pétrole russe : l’Inde riposte aux critiques de Donald Trump

Les relations diplomatiques entre l’Inde et les États-Unis subissent de nouvelles tensions alors que la question du commerce pétrolier avec la Russie continue de faire polémique sur la scène internationale. Ce week-end, des déclarations acerbes de l’ancien président américain Donald Trump ont suscité une réponse ferme de la part du gouvernement indien, témoignant de l’importance géopolitique majeure que prend l’approvisionnement énergétique dans le contexte de la guerre en Ukraine et des sanctions occidentales contre Moscou.

Tout commence par une intervention publique de Donald Trump lors d’un meeting récent à Milwaukee. L’ancien locataire de la Maison Blanche a vertement critiqué plusieurs pays, dont l’Inde, pour leur poursuite des importations de pétrole en provenance de Russie malgré les pressions exercées par les États-Unis et leurs alliés européens afin de réduire les ressources financières du Kremlin. Selon Donald Trump, « l’Inde fait le plein de pétrole russe à bas prix pendant que nous, nous payons le prix fort pour défendre la démocratie en Ukraine ». Ces propos ont immédiatement déclenché de vives réactions à New Delhi.

Dans un communiqué transmis à la presse, le ministère indien des Affaires étrangères a fermement défendu les choix énergétiques du pays. « L’Inde agit en toute transparence et dans le respect de son intérêt national et de ses engagements internationaux en matière d’approvisionnement énergétique », assure le porte-parole du ministère. Il rappelle également que l’Inde est le troisième consommateur mondial de pétrole, dont plus de 80 % de ses besoins sont couverts par les importations. « Nous avons besoin d’assurer la sécurité de notre approvisionnement et la stabilité des prix pour 1,4 milliard d’Indiens », précise le communiqué, soulignant que les achats de brut russe respectent les plafonds imposés par le G7 et l’Union européenne.

Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en février 2022, l’Inde a significativement augmenté ses achats de pétrole russe, profitant des ristournes importantes consenties par Moscou à ses clients asiatiques. Selon les chiffres recueillis par la société de données Refinitiv, le volume de brut russe acheminé vers les ports indiens a plus que doublé en deux ans, faisant de la Russie le principal fournisseur de pétrole du sous-continent, devant l’Arabie saoudite et l’Irak. New Delhi, qui s’est abstenu de condamner ouvertement Moscou à l’ONU et privilégie une position « indépendante », s’est défendue à plusieurs reprises de participer à toute tentative de contourner les sanctions imposées à la Russie.

Cette posture agace certains responsables occidentaux, qui estiment qu’en continuant de commercer avec la Russie, l’Inde contribue indirectement à financer l’effort de guerre du Kremlin. Pourtant, les autorités indiennes affirment qu’elles respectent strictement les limites de prix fixées par les Occidentaux, et insistent sur la nécessité de séparer la géopolitique de la sécurité énergétique. « Il serait irresponsable pour une grande économie émergente comme la nôtre de faire fi de la réalité des marchés mondiaux, surtout à un moment où l’inflation mondiale pèse lourdement sur les populations du Sud », argumente un haut fonctionnaire indien sous couvert d’anonymat.

Ces frictions reflètent plus largement les dilemmes auxquels sont confrontées les puissances émergentes, souvent prises entre les injonctions de leurs partenaires occidentaux et la nécessité de sécuriser leur propre développement économique. Pour l’heure, le gouvernement indien, dirigé par Narendra Modi, semble déterminé à poursuivre sa ligne de conduite pragmatique, en dépit des critiques venue de Washington. Une illustration supplémentaire des reconfigurations à l’œuvre sur le marché mondial de l’énergie depuis le début du conflit ukrainien.

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