Domyn, l’outsider italien de l’intelligence artificielle, défie la suprématie européenne de Mistral
Alors que le paysage européen de l’intelligence artificielle connaît une effervescence sans précédent, un nouvel acteur italien, Domyn, s’impose comme l’un des challengers les plus sérieux face au géant français, Mistral. Fondé en 2022 à Milan par une équipe de chercheurs issus aussi bien du monde académique que des grandes entreprises technologiques, Domyn ambitionne de bousculer un marché aujourd’hui largement dominé par les acteurs anglo-saxons et, plus récemment, par la scale-up française Mistral.
Dans un contexte où la souveraineté numérique devient une préoccupation politique majeure, l’émergence de Domyn reflète la volonté de l’Italie de jouer un rôle de premier plan dans la course à l’IA générative. Six mois à peine après la première démonstration publique de son grand modèle de langage (LLM), la start-up italienne enchaîne les annonces : ouverture d’un nouveau centre de recherche à Turin, recrutements de profils internationaux, partenariats stratégiques avec des universités et, dernièrement, la clôture d’un tour de table de 85 millions d’euros auprès d’investisseurs européens.
Si Mistral avait jusqu’ici ravi la vedette en France et au-delà, en levant plus de 600 millions d’euros et en signant des accords clés notamment avec le gouvernement français, Domyn se distingue par une approche à la fois locale et européenne. « Notre vision est de construire un écosystème d’IA réellement souverain, en s’appuyant sur les forces scientifiques et industrielles du continent, tout en respectant les spécificités culturelles de chaque pays », explique Matteo Rinaldi, CEO et cofondateur de la société. Cette stratégie séduit de plus en plus d’institutions publiques, qui voient dans Domyn un partenaire potentiel pour développer des solutions adaptées, conformes aux exigences européennes en matière d’éthique, de sécurité et de protection des données personnelles.
À la différence de Mistral, dont le modèle économique repose principalement sur le développement de LLM performants destinés aux entreprises cotées ou au secteur public, Domyn mise sur la mutualisation et l’ouverture. Son LLM, baptisé « Galileo », propose une API ouverte et flexible, déjà adoptée par une vingtaine d’entreprises dans la finance, la santé et les services. Surtout, la jeune pousse multiplie les initiatives pour fédérer autour d’elle chercheurs, PME et instituts publics, misant sur des projets open source et la création de standards ouverts pour l’entraînement des modèles d’IA.
Cette compétition intra-européenne, qui se joue bien au-delà de la France et de l’Italie, pourrait bénéficier à tout l’écosystème numérique du continent. Selon plusieurs analystes, l’arrivée de Domyn stimule l’innovation en forçant Mistral à accélérer le développement de nouveaux modèles, tout en poussant les pouvoirs publics à clarifier leur stratégie de financement. Déjà, la Commission européenne a sollicité les deux sociétés pour participer à un groupe de travail sur la régulation européenne de l’IA, preuve que le débat ne se limite plus aux seules grandes plateformes américaines ou chinoises.
Reste à savoir si Domyn parviendra à transformer l’essai et à s’imposer durablement dans un secteur connu pour son rythme d’innovation effréné et sa forte internationalisation. Mais dans la bataille pour une IA européenne de confiance et compétitive, il devient clair que Milan s’affirme, aux côtés de Paris, comme l’un des nouveaux centres névralgiques du continent.



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