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Budget 2026 : Les manœuvres budgétaires du RN et de LFI dessinent une alliance inattendue à l’Assemblée

Budget 2026 : Les manœuvres budgétaires du RN et de LFI dessinent une alliance inattendue à l’Assemblée

La présentation du budget pour l’année 2026 s’annonce comme l’un des rendez-vous politiques majeurs du prochain quinquennat. Déjà, derrière les portes closes de l’Assemblée nationale, les tractations s’intensifient, dessinant une scène politique inédite qui voit le Rassemblement national (RN) et La France insoumise (LFI) trouver des terrains d’entente sur certaines mesures fiscales. Si ce rapprochement peut surprendre par la différence idéologique affichée par les deux formations, il révèle en réalité une convergence sur la nécessité d’interrompre la trajectoire d’austérité entérinée par le gouvernement actuel.

Ce « tango fiscal », tel que le surnomment désormais certains députés au sein de l’hémicycle, trouve ses origines dans le diagnostic partagé sur les finances publiques françaises. Tant à l’extrême droite qu’à l’extrême gauche, la critique du dogme fiscal se mue en arme politique redoutable. Face à une dette publique qui culmine à plus de 110 % du PIB et à un taux de prélèvements obligatoires parmi les plus élevés d’Europe, les deux groupes militent pour une transformation en profondeur de la structure budgétaire et fiscale de l’État. Mais si la rhétorique converge, les réponses proposées demeurent fondamentalement distinctes.

Pour le Rassemblement national, il s’agit avant tout d’offrir une respiration fiscale aux classes moyennes et populaires, dont le pouvoir d’achat s’est érodé sous l’effet de la crise du coût de la vie. Le parti de Marine Le Pen affiche son intention de supprimer certaines contributions, à commencer par la redevance télévisuelle, mais aussi de réformer la TVA sur les produits de première nécessité. En creux, c’est la volonté de stimuler la consommation intérieure par la baisse de la pression fiscale qui anime le discours du camp national.

De son côté, La France insoumise revendique un « grand soir fiscal », impliquant la création de nouvelles tranches supérieures d’imposition sur le revenu, ainsi qu’une taxation accrue du patrimoine, des dividendes et des grandes entreprises. Les insoumis dénoncent l’iniquité d’un système fiscal « sous perfusion d’exonérations », jugé trop favorable aux plus fortunés. Selon eux, la réduction des inégalités sociales nécessite un État fort, doté de moyens budgétaires puissants, financés par une redistribution plus vigoureuse.

Pourtant, sur le terrain des oppositions à la politique budgétaire du gouvernement, un dialogue de circonstance s’instaure. Les deux groupes parlementaires ne manquent pas de se retrouver pour dénoncer une gestion jugée « technocratique » des finances publiques, ainsi qu’un « mépris » du Parlement lors des arbitrages budgétaires. Plusieurs amendements communs pourraient voir le jour lors de la discussion du projet de loi de finances 2026, portant aussi bien sur la suppression de niches fiscales contestées, que sur le refus de nouvelles coupes budgétaires dans les dépenses sociales clefs.

Pour l’exécutif, cette alliance de fait représente un défi supplémentaire. À l’intérieur de la majorité présidentielle, la crainte est grande de voir émerger un front commun « anti-austérité » capable de rendre le vote du budget périlleux, voire de faire tomber l’ensemble de la doctrine économique défendue depuis 2017. Dans les couloirs de Bercy, des fuites évoquent déjà la possibilité d’utiliser l’article 49.3 de la Constitution pour faire adopter le texte, au risque d’alimenter davantage la polarisation politique.

Mais le rapprochement entre RN et LFI ne va pas sans tensions internes, tant chaque camp redoute l’assimilation à l’autre. Les leaders des deux partis entretiennent une méfiance réciproque, conscients que leur électorat ne verrait pas d’un bon œil la dilution de leurs identités respectives. Pour l’heure, chacun semble prêt à danser le temps d’un budget, sans pour autant s’engager durablement sur le chemin de la coalition.

À l’approche des débats, l’issue de ce « tango fiscal » demeure incertaine. Ce qui est certain, c’est que l’équation budgétaire de 2026 se rejouera bien au Parlement, dans une arène politique où plus rien ne semble impossible.

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