Transition écologique : un dialogue exigeant entre Laurent Fabius et Thomas Buberl alerte sur les risques du volontarisme climatique
C’est dans une atmosphère à la fois studieuse et passionnée que s’est déroulé, ce mardi, le débat entre Laurent Fabius, président du Conseil constitutionnel et architecte de l’Accord de Paris sur le climat, et Thomas Buberl, directeur général du géant de l’assurance AXA. Organisée devant un public composé de décideurs, d’experts et d’étudiants, la rencontre avait pour thème les réponses à apporter à l’urgence climatique. Mais rapidement, entre les échanges sur la tarification du carbone, la régulation des marchés et la mobilisation de la finance, le ton est monté autour d’une question cruciale : peut-on lutter contre le réchauffement à coups de solutions miracles et d’innovations hâtives ?
Dès l’ouverture de la discussion, Laurent Fabius a rappelé l’ampleur de la tâche : « La maîtrise du climat ne supporte pas les approximations. Ce n’est ni une expérience de laboratoire ni le terrain de jeu des apprentis sorciers », a-t-il martelé, s’adressant à la fois à la communauté scientifique et au monde économique. S’il salue l’intérêt grandissant pour les innovations technologiques, l’ancien Premier ministre met en garde contre le risque d’une dépendance excessive à des solutions qui n’ont pas encore fait la preuve de leur efficacité à grande échelle. « La tentation de remettre à demain les efforts nécessaires, sous prétexte qu’une rupture technologique ou un génie algorithmique finira par tout régler, serait funeste » insiste-t-il.
Face à lui, Thomas Buberl prône un réalisme teinté de volontarisme. Le dirigeant d’AXA, dont le groupe pèse plus de 900 milliards d’euros d’actifs, se veut toutefois rassurant sur le rôle du secteur privé. « La transition doit être une opportunité, pas une contrainte pour les entreprises et l’ensemble de la société », avance-t-il, plaidant pour une mobilisation de la finance verte, certes, mais surtout pour la création d’un cadre stable et prévisible. « Les assureurs sont déjà confrontés dans leur activité aux conséquences concrètes du changement climatique, des tempêtes à la sécheresse. Il est de notre responsabilité de tirer la sonnette d’alarme mais aussi de financer l’adaptation et la prévention », explique Thomas Buberl.
Sur la question des technologies controversées, comme la capture et le stockage du carbone ou la géo-ingénierie, les deux intervenants s’accordent sur la nécessité d’un encadrement renforcé. Laurent Fabius alerte sur le risque de « solutions de facilité » et sur l’illusion que de simples verrous techniques suffiraient à contenir la hausse des températures : « Les vrais leviers sont connus, il s’agit d’abord de sobriété, d’efficacité énergétique et de transformation profonde de notre modèle économique. »
Thomas Buberl, lui, reconnaît l’importance des changements systémiques mais rappelle que la vitesse des évolutions réglementaires et la fragmentation internationale peuvent parfois freiner l’action : « Il y a urgence, or l’action publique avance trop lentement. Le secteur privé doit prendre ses responsabilités, sans pour autant s’imaginer tout-puissant. La solution réside dans un partenariat étroit avec les États, les collectivités et les citoyens. »
Le débat se conclut sur un appel à la lucidité et à l’humilité. Pour éviter la dérive des promesses non tenues, Laurent Fabius plaide pour « un véritable sursaut de volonté collective, inspiré par l’expérience de la COP21 mais ancré dans le pragmatisme ». Les deux hommes s’accordent sur la nécessité d’agir sans attendre, tout en évitant les fausses bonnes idées et en gardant à l’esprit la complexité du défi climatique. Entre prudence et ambition, c’est une ligne de crête que la France – comme le reste du monde – devra apprendre à maintenir.



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