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Un an après le rapport Draghi, le défi de l’attractivité européenne demeure entier

Un an après le rapport Draghi, le défi de l’attractivité européenne demeure entier

Il y a tout juste un an, la publication du rapport de Mario Draghi sur la compétitivité économique de l’Europe faisait grand bruit au sein des cercles politiques et économiques du continent. L’ancien président de la Banque centrale européenne dressait alors un diagnostic lucide mais alarmant : face à la montée en puissance des États-Unis et de la Chine, l’Union européenne devait impérativement adopter un nouveau cap pour redynamiser sa croissance, renforcer son autonomie stratégique et se repositionner sur les grandes chaînes de valeur mondiales.

Douze mois plus tard, force est de constater que les mises en garde de l’ancien banquier central n’ont pas suffi à provoquer le sursaut tant espéré. Les indicateurs économiques témoignent d’une Europe toujours à la peine : selon Eurostat, la croissance du PIB pour la zone euro demeure modeste, peinant à dépasser 0,5 % au premier trimestre 2024. L’écart avec les États-Unis – où l’économie continue d’afficher une résilience surprenante – s’accroît. De leur côté, de nombreux investisseurs internationaux affichent désormais un moindre intérêt pour le Vieux Continent, privilégiant les géants américains ou asiatiques pour leurs nouveaux projets industriels et technologiques.

La question de l’attractivité européenne en matière d’investissements demeure donc centrale et suscite l’inquiétude des gouvernements. Lors d’un récent sommet à Bruxelles, plusieurs chefs d’État ont plaidé en faveur d’un assouplissement des règles budgétaires européennes et d’un effort collectif en vue de soutenir les secteurs stratégiques. Malgré ces appels, les initiatives concrètes tardent à se matérialiser et les divergences entre États membres sur la politique industrielle restent vives, empêchant toute réponse coordonnée d’ampleur.

Le rapport Draghi soulignait déjà, dès 2023, le retard pris par l’Union en matière de numérique, de transition énergétique ou de financement de l’innovation. Ces défis n’ont fait que s’amplifier au fil des mois, alors que les géants américains de la tech et les fabricants asiatiques poursuivent leur marche en avant. Le pacte vert européen, pourtant ambitieux sur le papier, peine à se traduire sur le terrain, faute de financements massifs et d’une véritable stratégie industrielle commune.

Dans ce contexte, les entreprises européennes affichent volontiers leur inquiétude. Plusieurs groupes industriels ont annoncé des délocalisations, ou la création de nouveaux sites à l’étranger plutôt qu’au sein de l’Union. Les difficultés d’accès au capital, la lourdeur réglementaire et l’absence de « champions » de la taille du secteur privé américain sont souvent pointées du doigt par les chefs d’entreprise interrogés. Le risque, désormais ouvertement évoqué, est celui d’une marginalisation de l’industrie européenne face aux grandes puissances concurrentes.

Face à ce constat, la Commission européenne tente d’avancer ses propres réponses. Des programmes d’aides ciblées aux secteurs de la microélectronique ou des batteries ont été lancés, mais demeurent encore trop dispersés pour modifier en profondeur la trajectoire européenne. La réforme attendue du cadre de la concurrence tarde à aboutir, freinée par les dissensions entre États membres sur les modalités d’intervention publique.

Un an après le rapport Draghi, l’Europe se trouve donc toujours à la croisée des chemins, confrontée à la nécessité de surmonter ses divisions internes et de bâtir une stratégie à la hauteur de la concurrence mondiale. Faute de nouveaux choix ambitieux, les risques de décrochage pourraient, selon plusieurs experts, devenir structurels et difficiles à inverser dans les prochaines années.

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