Romina Pourmokhtari : « Nucléaire et trafic d’êtres humains, un amalgame inquiétant en Europe »
Romina Pourmokhtari, actuelle ministre suédoise de l’Environnement et du Climat, tire la sonnette d’alarme sur la perception du nucléaire au sein du continent européen. Selon elle, certains États membres et mouvements associatifs rangent l’énergie nucléaire au même niveau que les crimes les plus graves, y compris le trafic d’êtres humains. Cette comparaison, qu’elle juge aussi choquante qu’inquiétante, illustrerait le malaise profond qui entoure encore le débat énergétique.
Dans un entretien exclusif, la ministre a détaillé les obstacles auxquels la Suède se heurte dans le cadre de la transition vers une énergie bas carbone. Romina Pourmokhtari déplore que, malgré l’urgence climatique et l’objectif de neutralité carbone fixé par l’Union européenne à l’horizon 2050, l’énergie nucléaire continue de susciter une défiance irrationnelle dans de nombreux pays membres. « En Europe, nucléaire et trafic d’êtres humains sont parfois mis dans la même catégorie ! », affirme-t-elle, soulignant la difficulté à instaurer un dialogue serein autour de ces questions cruciales.
Pour la ministre, l’amalgame entre les deux sujets est révélateur d’un climat de méfiance vis-à-vis de l’innovation scientifique et technologique. Elle souligne que la lutte contre le changement climatique exige pragmatisme et ouverture, au lieu d’être dictée par des positions idéologiques. « Nous devons bâtir notre politique énergétique sur des faits et des données scientifiques, pas sur des peurs non fondées », insiste Romina Pourmokhtari.
Le nucléaire, rappelle-t-elle, est une composante majeure du mix énergétique de la Suède. Le pays mise sur cette technologie pour assurer à la fois la décarbonation de son électricité et sa sécurité d’approvisionnement. Selon la ministre, les centrales nucléaires offrent une source d’énergie stable, peu émettrice de CO2, et sont indispensables à la réussite de la transition écologique. Elle invite l’Europe à dépasser ses clivages historiques pour avancer vers une politique commune plus cohérente.
Romina Pourmokhtari évoque également l’attitude de la Suède au sein de l’Union européenne, où les débats sur le nucléaire restent polarisés. Certains États, comme l’Allemagne ou l’Autriche, maintiennent leur refus de cette technologie, préférant miser sur le développement des énergies renouvelables. Pour la ministre suédoise, il est essentiel que l’Europe respecte les choix de chaque pays tout en maintenant un cap collectif vers la neutralité carbone.
Elle regrette par ailleurs l’instrumentalisation politique qui entoure le nucléaire, souvent assimilé à tort à une menace ou à un risque inacceptable. À ses yeux, ce rejet freine la mise en œuvre de solutions efficaces pour atteindre les objectifs climatiques. Romina Pourmokhtari invite à relever le débat : « Il ne s’agit pas de sacrifier la sûreté, mais de nous donner les moyens d’agir face à l’urgence à laquelle nous sommes confrontés ».
La ministre suédoise conclut en appelant à une réflexion plus rationnelle sur les enjeux énergétiques européens. La criminalisation du débat sur le nucléaire, selon elle, est contre-productive. « Confondre le secteur nucléaire et le trafic d’êtres humains est révélateur du niveau d’incompréhension et d’irrationnalité auquel nous faisons face », tranche-t-elle, appelant à un dialogue apaisé fondé sur la science et l’intérêt général.



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