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Accord UE-Mercosur : l’axe Paris-Rome s’affirme face à Bruxelles

Accord UE-Mercosur : l’axe Paris-Rome s’affirme face à Bruxelles

L’accord commercial entre l’Union européenne et le Mercosur, enclave économique regroupant le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay et le Paraguay, continue de susciter de vifs débats dans les capitales européennes. Parmi les voix discordantes, l’alliance entre la France et l’Italie semble émerger comme un front commun de contestation, mettant la Commission européenne face à une opposition aussi inattendue que déterminée. Ce rapprochement entre les deux rives alpines sème le doute sur la capacité de Bruxelles à décrocher un compromis au sein des 27.

Scellé en 2019 après plus de vingt ans de négociations, l’accord UE-Mercosur vise à établir l’une des plus vastes zones de libre-échange au monde, ouvrant de nouveaux débouchés aux industriels européens tout en offrant un accès privilégié au marché agricole sud-américain. Mais dès son annonce, le projet a cristallisé craintes et critiques côté européen, notamment en France. Les agriculteurs redoutent une concurrence jugée déloyale, tandis que les ONG soulignent les risques environnementaux, pointant du doigt la déforestation massive en Amazonie et l’insuffisance des garanties écologiques incluses dans l’accord.

Pareille défiance a trouvé écho en Italie. Depuis l’arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni, Rome a multiplié les signaux contre la ratification du texte, évoquant là aussi la nécessité de défendre la santé des filières agricoles locales. « Il est impensable de sacrifier notre agriculture sur l’autel du commerce », répète le gouvernement italien, en écho aux propos tenus par Paris. Pour la France, l’accord actuel manque d’exigences portant sur le respect des normes sociales et environnementales. Le président Emmanuel Macron, en déplacement en Amérique du Sud en 2023, avait insisté : « La France s’y opposera si nous ne disposons pas de garanties solides. »

La constitution d’un front uni franco-italien complique la tâche de la Commission européenne, déjà sous pression pour présenter des concessions supplémentaires au Mercosur, alors que certains producteurs européens, notamment dans le secteur automobile et la chimie, y voient une opportunité majeure. Ce bras de fer institutionnel renvoie Bruxelles à sa difficulté chronique à concilier ambition commerciale et exigences sociétales. D’autant que, pour être ratifié, l’accord requiert l’unanimité des États membres sur les volets relevant de la souveraineté nationale.

En coulisses, la diplomatie européenne s’active pour tenter de lever les réticences. Des engagements additionnels ont été proposés, portant sur la lutte contre la déforestation ou l’application effective de l’accord de Paris sur le climat par les pays du Mercosur. Mais ces garanties sont jugées insuffisantes à Paris et à Rome, qui réclament des mécanismes de contrôle plus contraignants et des clauses de sauvegarde robustes pour leur agriculture. Résultat : le calendrier d’une éventuelle ratification demeure incertain.

Au-delà des considérations strictement économiques, l’axe Paris-Rome symbolise une recomposition des alliances au sein de l’UE, face à une Commission souvent accusée de faire primer les logiques de marché sur les impératifs de développement durable. Si certains pays membres, à l’instar de l’Espagne ou de l’Allemagne, plaident pour une conclusion rapide de l’accord, le scepticisme affiché par deux initiateurs fondateurs de l’Europe pèse lourd. Il illustre la difficulté de l’Union à porter une voix unie, alors que les questions de transition écologique et de souveraineté alimentaire prennent une importance croissante dans l’opinion publique.

À ce stade, la Commission européenne reste offensive, convaincue que l’accord UE-Mercosur constituerait un contrepoids stratégique face aux pulsions protectionnistes mondiales et renforcerait l’influence de l’UE en Amérique latine. Mais la pression exercée par le tandem Paris-Rome contraint Bruxelles à revoir sa copie. L’avenir de l’accord, déjà longuement différé, s’inscrit donc sous le signe de l’incertitude. Une situation qui témoigne à la fois des tensions internes au projet européen, et de la montée en puissance de préoccupations climatiques au sommet de l’agenda politique continental.

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