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Débat sur la privatisation de l’audiovisuel public : l’éclairage du spécialiste néerlandais Jo Bardoel

Débat sur la privatisation de l’audiovisuel public : l’éclairage du spécialiste néerlandais Jo Bardoel

À l’heure où la question de la privatisation de l’audiovisuel public refait surface dans le débat public français, l’expertise de Jo Bardoel, professeur émérite en sciences de la communication à l’Université Radboud de Nimègue, offre un regard nuancé et précieux. Spécialiste reconnu des médias européens et du financement des systèmes audiovisuels, Jo Bardoel s’est penché depuis de nombreuses années sur l’évolution des modèles de l’audiovisuel public, aussi bien aux Pays-Bas qu’en France et dans d’autres pays européens.\n\nInterrogé sur la pertinence d’une privatisation ou d’une ouverture accrue à la concurrence de l’audiovisuel public, Jo Bardoel rappelle d’emblée la fonction première et fondamentale de ce secteur : « L’audiovisuel public a historiquement été conçu pour garantir l’accès de tous les citoyens à une information pluraliste, indépendante et de qualité, en dehors des contraintes strictes de l’audimat ou des impératifs purement commerciaux. » Selon lui, la mission d’intérêt général de ces institutions dépasse largement la seule question d’audience ou de rentabilité financière.\n\nL’expérience néerlandaise, relate-t-il, est à cet égard instructive : « Aux Pays-Bas, nous avons opté pour une structuration originale, avec une pluralité d’organisations émettrices assurant une diversité d’expression au sein du service public, tout en cherchant un équilibre avec l’offre privée. Toute réforme, ajoute-t-il, doit donc veiller à ne pas réduire la capacité du secteur public à remplir sa mission essentielle : proposer des contenus indépendants et diversifiés qui participent à la vitalité du débat démocratique. »\n\nSur le plan économique, Jo Bardoel constate que la privatisation totale ou partielle observée dans certains pays n’a pas nécessairement abouti à une baisse des coûts pour le public ou à une amélioration des contenus : « Au Royaume-Uni, la pression sur la BBC a renforcé la concurrence avec le secteur privé, mais cela s’est parfois accompagné d’une érosion de la qualité ou d’une homogénéisation des programmes. » Il met aussi en garde contre le risque d’une dépendance excessive vis-à-vis des annonceurs et donc d’une fragilisation de l’indépendance éditoriale.\n\nLe chercheur souligne, par ailleurs, l’importance de l’adaptabilité de l’audiovisuel public face à l’évolution rapide des usages numériques. « La transformation des modes de consommation, avec l’émergence des plateformes de streaming et la délinéarisation des contenus, impose un renouvellement de l’offre. Le service public doit être à la pointe de l’innovation, mais cela nécessite des moyens et une vision de long terme, difficilement compatibles avec une logique purement marchande. »\n\nPour Jo Bardoel, le débat autour de la privatisation ne doit pas occulter la véritable priorité : garantir une gouvernance transparente, une utilisation responsable des fonds publics et une exigence constante de qualité des programmes. « Ce qui importe, conclut-il, c’est la confiance des citoyens. Or il appartient aux gouvernements, mais aussi à la société civile, de définir collectivement ce qu’ils attendent de leur audiovisuel public et d’en tirer les conséquences, y compris sur le plan du financement et de la régulation. »\n\nAlors que la France s’interroge sur l’avenir de son audiovisuel public, l’exemple néerlandais, analysé par Jo Bardoel, invite à la prudence et à une réflexion approfondie, loin des slogans ou des solutions simplistes. Le modèle de l’audiovisuel public, rappelle-t-il, est un pilier de la vie démocratique — un pilier qu’il serait risqué d’affaiblir sans mesurer toutes les conséquences économiques, sociales et culturelles.

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