EDF fait face à une nouvelle flambée du coût de ses réacteurs nucléaires
La question des coûts dans la filière nucléaire française revient une nouvelle fois sur le devant de la scène. L’électricien historique EDF est confronté à un nouvel emballement des dépenses liées à la construction de ses réacteurs nucléaires récemment annoncés, mettant la pression sur l’entreprise publique alors qu’elle doit assumer un programme de relance du nucléaire inédit depuis plusieurs décennies.
Depuis l’annonce par le gouvernement du projet de six nouveaux réacteurs de technologie EPR2, les chiffres communiqués n’ont cessé d’augmenter. Initialement estimé entre 51 et 56 milliards d’euros en 2021 pour la construction de ces unités, le coût global pourrait finalement dépasser 67 milliards d’euros, selon plusieurs sources proches du dossier. EDF a reconnu récemment l’existence de « tensions inflationnistes » qui ont un impact « significatif » sur ses plans financiers.
La flambée des prix des matériaux, à laquelle s’ajoutent des difficultés d’approvisionnement et une concurrence accrue sur le marché mondial du nucléaire, contraignent l’opérateur à revoir à la hausse ses projections. À cela s’ajoutent des retours d’expérience jugés « coûteux » issus du chantier de l’EPR de Flamanville, en Normandie, où retards et difficultés techniques ont déjà multiplié la facture par près de quatre par rapport à ce qui avait été initialement prévu.
Pour les autorités publiques, ces dépassements de coûts ne sont pas anodins. L’État, qui détient 100% du capital d’EDF depuis 2023, devra en effet mobiliser d’importantes ressources pour financer l’ambitieux plan nucléaire voulu par Emmanuel Macron. Or, cette promesse de relance, qui vise à assurer l’indépendance énergétique du pays et atteindre les objectifs de réduction des émissions de carbone, pourrait désormais se heurter à des contraintes budgétaires de taille. Les discussions en cours avec la Commission européenne sur le schéma de financement d’EDF, et la possibilité de faire appel à des capitaux privés, s’intensifient, alors que les conditions de marché sont devenues nettement plus défavorables qu’il y a trois ans.
À Bercy, on tente de minimiser l’impact de cette nouvelle dégradation. Le ministère de l’Economie assure que « les enjeux de souveraineté énergétique restent prioritaires » et laisse entendre que les surcoûts pourraient être dilués sur plusieurs décennies. Mais du côté des syndicats et des analystes financiers, l’inquiétude grandit. « On craint que ce soit toujours le contribuable qui paie la facture », s’alarme un représentant syndical du groupe. Certains experts pointent aussi le risque de voir EDF contraint à réduire ses investissements dans d’autres domaines, alors que l’entreprise doit également financer l’entretien et la modernisation de son parc actuel.
Le débat ressurgit au moment où l’Europe connaît une nouvelle vague d’intérêt pour l’atome, portée par la nécessité de décarboner l’économie et de garantir une production électrique abondante et pilotable. Mais la facture grandissante du programme français offre un contraste saisissant avec la situation dans certains autres pays, comme la Corée du Sud ou la Chine, où les coûts de construction semblent mieux maîtrisés.
Face à ces incertitudes, le gouvernement français ne prévoit pas de renoncer à son programme. Reste à voir quelle sera la capacité d’EDF à maîtriser enfin le calendrier et le budget de ses futurs chantiers, alors que le lancement du premier EPR2, prévu à Penly d’ici la fin de la décennie, fera figure de test grandeur nature pour l’ensemble de la filière.



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