Le patron d’Euronext tacle la perception internationale de l’économie française
Le président-directeur général d’Euronext, Stéphane Boujnah, n’a pas mâché ses mots lors de sa dernière intervention publique en évoquant l’image de la France à l’étranger. Dressant le bilan de la compétitivité du pays, il a ironisé sur une réputation persistante : « Certains voient la France comme un paradis communiste ». Une déclaration qui interpelle alors que l’attractivité de l’Hexagone fait l’objet de débats nourris au sein des milieux d’affaires.
Proposés dans le cadre d’une table ronde organisée devant des chefs d’entreprise, ces mots sonnent comme un sérieux avertissement pour le gouvernement et le monde économique français. Selon Stéphane Boujnah, la France souffre à l’international d’un déficit d’image, souvent caricaturée pour la rigidité de son marché du travail, la lourdeur de sa fiscalité et une culture sociale fortement marquée par un interventionnisme étatique. « À Londres, à New York ou à Singapour, il n’est pas rare d’entendre que la France reste ce pays d’Europe occidentale qui taxe le capital et décourage l’initiative », constate le dirigeant.
Le patron d’Euronext, qui chapeaute la principale bourse paneuropéenne, relève cependant l’effort mené par les pouvoirs publics pour améliorer le climat des affaires, notamment à travers la réforme du droit du travail, la flat tax sur les revenus du capital ou les incitations à l’innovation. Il salue les progrès réalisés ces dernières années, mais note que la défiance demeure dans l’esprit de nombreux investisseurs étrangers, qui hésitent encore à privilégier la France au profit de places comme Londres, Francfort ou Amsterdam.
Ce diagnostic ne tombe pas dans un contexte anodin. Depuis plusieurs années, la France se targue d’être le premier pays d’accueil des investissements étrangers industriels en Europe, selon les classements annuels d’EY ou de Business France. Mais ce leadership est régulièrement fragilisé par le poids des prélèvements obligatoires, la persistance d’un chômage structurel élevé et l’importance des dépenses publiques, qui dépassent encore 56 % du PIB, un record en Europe occidentale.
Pour Stéphane Boujnah, l’enjeu est double : il s’agit de convaincre à la fois les talents et les capitaux que la France n’est pas coincée dans une logique étatiste, et que le climat réglementaire ne pénalise plus la prise de risque. Il souligne ainsi l’importance d’une pédagogie accrue auprès des investisseurs internationaux, mais aussi l’urgence de conserver le cap des réformes. « L’image d’une France hostile à l’entreprise reste tenace – il faut la combattre par les actes et par une communication plus offensive », insiste-t-il.
L’intervention du patron d’Euronext s’inscrit dans un contexte économique marqué par l’incertitude, notamment en raison du ralentissement de la croissance européenne et d’un climat social tendu, alors que les perspectives de consolidation des marchés financiers européens pourraient redistribuer les cartes entre les grandes places boursières du continent. Mission est donnée aux responsables économiques français d’accélérer la modernisation du pays pour convaincre que la France est, plus que jamais, un lieu approprié pour entreprendre, investir et innover.



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