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Le modèle américain face à la décroissance : regard croisé d’Augustin Landier et David Thesmar

Le modèle américain face à la décroissance : regard croisé d’Augustin Landier et David Thesmar

Dans l’Hexagone, le débat autour de la décroissance anime régulièrement les cercles économiques et politiques, opposant partisans d’une réduction assumée de la production face aux partisans de la croissance. Pourtant, aux États-Unis, cette notion semble totalement étrangère aux décideurs et aux citoyens. C’est la conclusion à laquelle sont parvenus les économistes Augustin Landier et David Thesmar après avoir longuement étudié et comparé les deux modèles économiques de part et d’autre de l’Atlantique.

« Là-bas, ils ne connaissent même pas le mot décroissance », constatent-ils. Pour les spécialistes, l’économie américaine se caractérise par une confiance inébranlable dans la dynamique de croissance et dans la capacité de l’innovation à générer de la prospérité collective. Cette mentalité façonne non seulement la politique économique du pays, mais aussi la culture entrepreneuriale et le fonctionnement même de ses institutions.

Contrairement à la France, où la question de la soutenabilité écologique des modes de production s’impose de plus en plus dans l’agenda public, les États-Unis continuent d’accorder une place centrale à l’expansion économique et à la création d’emplois. Selon Landier et Thesmar, cet écart s’explique en partie par la manière dont l’économie américaine valorise le dynamisme, l’esprit d’initiative et le mouvement perpétuel. La société américaine tolère bien plus facilement la prise de risque, le changement, et refuse l’idée de se fixer des limites a priori sous prétexte environnemental ou social.

Pour illustrer cette différence culturelle, les deux économistes rappellent que même dans les débats liés au changement climatique, la réponse américaine s’est principalement focalisée sur le développement de nouvelles technologies, le soutien aux secteurs innovants et les investissements dans les infrastructures. Plutôt que de promouvoir un ralentissement volontaire de l’activité, les décideurs américains préfèrent miser sur la capacité de l’économie à se réinventer. Le mot décroissance n’est, dans ce contexte, ni débattu ni revendiqué.

Ce contraste, poursuivent Landier et Thesmar, se reflète aussi dans la manière dont les entreprises elles-mêmes évoluent. Aux États-Unis, la réactivité et la flexibilité sont des qualités valorisées par les marchés financiers et par les actionnaires. Les entreprises qui stagnent ou affichent un repli sont mises à mal, tandis que l’investissement est réservé à celles qui affichent de l’ambition et une trajectoire ascendante. Cette pression à la croissance produit un tissu économique très mobile, où les entreprises naissent, grandissent, se transforment ou disparaissent à un rythme bien supérieur à celui constaté en Europe.

Pour Landier et Thesmar, cette dynamique a bien sûr un revers : l’intensité de la concurrence peut fragiliser les salariés et mettre à l’épreuve la cohésion sociale. Aux États-Unis, le marché du travail est plus flexible, mais cela s’accompagne aussi d’une précarité de l’emploi et d’une moindre couverture sociale. Néanmoins, l’optimisme des Américains envers les bénéfices de la croissance l’emporte largement sur les inquiétudes relatives aux questions de redistribution ou de protection.

Cette foi dans la croissance nourrit l’attractivité du modèle américain auprès d’innovateurs et d’entrepreneurs du monde entier. Pour le duo d’économistes, le fossé qui sépare cette approche de celle de la France est amené à perdurer, tant les deux modèles reposent sur des visions distinctes du progrès et du rapport à l’avenir économique.

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