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Chômage en France : les leçons à tirer des modèles européens

Chômage en France : les leçons à tirer des modèles européens

La France est confrontée à une remontée du chômage, qui a atteint 7,9 % fin 2025, un niveau inédit depuis 2021 selon les dernières données de l’Insee. Malgré l’objectif affiché du plein-emploi par le gouvernement, cette progression touche en premier lieu les jeunes, avec un taux de 21,5 % chez les 15-24 ans, soit une hausse de près de trois points sur un an. Si la France peine à enrayer la hausse du chômage, plusieurs pays européens ont tenté — non sans difficultés — de trouver des recettes pour contenir, voire réduire, le nombre de demandeurs d’emplois.

Parmi les voisins confrontés depuis longtemps à des taux de chômage élevés, l’Espagne fait figure d’exemple mitigé. Après la crise de 2008, le pays s’est retrouvé coincé dans un chômage structurellement fort, en particulier chez les jeunes. Si le taux global est repassé sous la barre des 10 % en 2024, il reste supérieur à la moyenne européenne et la proportion de jeunes sans emploi dépasse largement 23 %. Cette situation s’explique notamment par une dualité sur le marché du travail. D’un côté, des salariés en CDI protégés, de l’autre, une génération de jeunes contraints à enchaîner des contrats précaires sans perspectives, conséquence d’une inadéquation persistante entre la formation et les besoins de l’économie.

L’Italie, de son côté, a connu une baisse impressionnante du chômage, ramené à 5,6 % fin 2025, contre plus de 12 % au plus fort de la crise. Ce redressement doit moins à une embellie conjoncturelle qu’à une série de réformes engagées depuis le milieu des années 2010 pour assouplir l’embauche en CDI, faciliter les licenciements injustifiés et ajuster l’indemnisation du chômage. Cette flexisécurité à l’italienne a, entre autres, reposé sur des exonérations ciblées, contribuant à une hausse graduelle de l’emploi. Cependant, des disparités régionales fortes demeurent : si le Nord affiche un quasi plein-emploi, le Sud reste confronté à une précarité persistante, avec des taux de chômage toujours supérieurs à 15 %. Le taux d’emploi des femmes, de surcroît, demeure inférieur de près de 19 points à celui des hommes.

Les Pays-Bas s’imposent comme un modèle souvent cité pour leur faible taux de chômage, inférieur à 4 %. Le taux d’emploi y est parmi les plus élevés de l’OCDE grâce à une flexibilité marquée du marché du travail, illustrée par une forte mobilité, un recours massif au temps partiel (plus de 40 % des employés) et une acceptation des contrats à durée déterminée. Ce dynamisme a permis d’intégrer une majorité de jeunes sur le marché de l’emploi, malgré un taux de chômage de 10,8 % dans cette tranche d’âge. La flexibilité des dispositifs d’allocations et la facilité de cumul d’emplois expliquent en partie ces résultats.

La Pologne, enfin, présente un cas singulier avec un taux de chômage tournant autour de 3 %, l’un des plus bas de l’Union européenne. Ce « miracle conjoncturel » ne résulte ni d’une grande réforme, ni d’un recours massif à la précarité, mais plutôt d’un ensemble de politiques pragmatiques : des mesures actives pour l’emploi, une législation suffisamment souple pour encourager les embauches et la dynamique d’une économie encore en rattrapage. Le vieillissement démographique et les tensions sur le marché du travail poussent les employeurs à ajuster leurs pratiques, parfois en augmentant les salaires plutôt qu’en supprimant des postes, renforçant encore le recul du chômage.

L’examen des stratégies européennes montre que la réduction du chômage résulte souvent d’un équilibre entre sécurité et flexibilité, d’une attention particulière à la formation professionnelle et aux besoins du marché. La France, confrontée à des contraintes similaires, sera-t-elle capable de s’inspirer de ces modèles pour inverser la tendance ?

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