Déficit public : les limites de la taxation des plus aisés, selon John Cochrane
Dans un contexte marqué par l’alourdissement du déficit public en France, la question de la répartition de l’effort fiscal suscite à nouveau débats et prises de position. John Cochrane, professeur à l’université de Stanford et spécialiste reconnu de politique économique, estime que la solution visant à augmenter les impôts sur les plus riches ne saurait, à elle seule, permettre d’assainir les finances de l’État.
L’économiste américain, régulièrement sollicité sur les questions de politiques budgétaires à l’international, dresse un constat sans appel : « Il n’y a pas assez de riches à taxer en France pour réduire le déficit. » Cette affirmation, qui contredit l’idée largement partagée selon laquelle un impôt accru sur les plus fortunés offrirait une voie de sortie des déficits, s’appuie sur une évaluation précise du poids des hauts revenus dans l’économie hexagonale.
Selon John Cochrane, la structure de distribution des revenus en France présente une concentration des richesses nettement moins extrême que dans d’autres grandes économies. « Même si l’on imposait fortement les foyers les plus aisés, le revenu total dégagé par ces mesures additionnelles resterait marginal par rapport à l’ampleur du déficit public que connaît actuellement la France », développe-t-il. D’un point de vue macroéconomique, l’essentiel de la base taxable se situe, selon lui, dans les tranches de revenus moyens, constituant la majeure partie de la population et donc des recettes fiscales potentielles.
Ce constat trouve un écho dans les données publiées par l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), qui indiquent que les 1% les plus riches détiennent une part importante, mais non majoritaire, des revenus. S’en tenir à une politique exclusivement centrée sur la taxation de cette partie du spectre social ne changerait donc pas fondamentalement l’équilibre budgétaire.
Face à ces limites, John Cochrane invite à une réflexion plus large sur les leviers budgétaires. « Réduire le déficit exige des ajustements structurels bien plus larges, touchant notamment à la dépense publique dans son ensemble », explique-t-il. Pour l’économiste, la recherche d’une solution durable passe inévitablement par un débat sur l’efficacité des politiques publiques et sur la maîtrise des grands postes de dépense, qu’il s’agisse de la protection sociale, de l’éducation ou encore de la fonction publique.
La France affiche cette année l’un des taux de déficit public les plus élevés de la zone euro, avec plus de 5% du PIB, alors que l’objectif européen est fixé à 3%. Le gouvernement, confronté à une croissance molle et à une hausse persistante des dépenses, a pour l’instant privilégié la stabilité fiscale à de nouveaux prélèvements exceptionnels, tout en laissant entendre que des arbitrages budgétaires difficiles seraient à l’ordre du jour pour demeurer crédible auprès des marchés et de ses partenaires européens.
Pour John Cochrane, l’exemple français s’inscrit dans un mouvement plus large, observable dans nombre d’économies occidentales confrontées à la même impasse : « La tentation de chercher des recettes faciles chez une minorité aisée est compréhensible sur le plan politique, mais elle ne saurait se substituer à une réforme de fond des modèles de dépenses et de recettes publiques. » Un message qui vise à encourager le débat public à dépasser les réflexes traditionnels et à envisager des réformes susceptibles de garantir la soutenabilité à long terme des finances publiques.



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