Philippe Salle prend les rênes d’Atos pour tenter de redresser le géant français du numérique
La pression n’a sans doute jamais été aussi forte sur les épaules d’un dirigeant. Depuis plusieurs années, Atos, mastodonte français du numérique, peine à sortir la tête de l’eau. Conséquence d’errements stratégiques, d’un endettement qui atteint désormais des sommets et d’une confiance érodée auprès des marchés comme de ses employés, l’entreprise joue aujourd’hui son avenir. C’est dans ce contexte volatil que Philippe Salle a accepté de prendre les commandes du groupe, avec la mission ambitieuse – et délicate – de lui insuffler un nouveau souffle.
Habitué des situations de retournement, Philippe Salle n’est pas étranger aux défis managériaux, comme il l’a prouvé à la tête de Elior ou de Geoservices. Son arrivée, officialisée après des semaines d’incertitudes autour de la gouvernance d’Atos, marque l’espoir d’une stabilisation pour le groupe et de la reprise en main d’une entreprise dont le rôle central dans l’écosystème numérique européen ne fait aucun doute.
Atos, spécialisée notamment dans les services informatiques, le cloud, la cybersécurité ou encore le big data, a vu fondre sa capitalisation boursière de manière spectaculaire, passant de 7 milliards d’euros en 2018 à moins de 200 millions d’euros à la mi-2024. Cette chute vertigineuse s’explique autant par une série d’acquisitions jugées mal intégrées que par une gouvernance instable et des performances décevantes sur certains contrats stratégiques. Dernier épisode en date : l’échec de la vente de l’entité Tech Foundations à EPEI du milliardaire tchèque Daniel Křetínský, qui a contribué à exacerber la crise de confiance.
L’arrivée de Philippe Salle intervient alors que le groupe, fort de près de 100 000 salariés dans le monde, doit désormais restructurer sa dette colossale, supérieure à 2,5 milliards d’euros. Une équation périlleuse à laquelle il faut ajouter la nécessité d’assurer la continuité opérationnelle de projets critiques, certains touchant à la souveraineté numérique française ou européenne. À ce titre, l’État s’est déjà dit prêt à intervenir, notamment pour protéger les activités sensibles – comme celles liées à la défense ou à l’intelligence artificielle – d’un éventuel démantèlement ou d’une cession à des intérêts étrangers.
Philippe Salle, qui n’a pas tari d’annonces sur la nécessité de « restaurer la confiance » et de « renouer avec la croissance », s’attelle à deux urgences : convaincre les créanciers de la viabilité d’un plan de restructuration ambitieux et rassurer les salariés, dont une partie redoute une vaste vague de suppressions de postes. Ce plan passera, selon les premières esquisses dévoilées, par des cessions ciblées d’actifs non stratégiques, une concentration sur la cybersécurité et le cloud – deux activités les plus résilientes – ainsi qu’une rationalisation des coûts sur l’ensemble du périmètre international.
La tâche s’annonce titanesque. D’autant que le secteur, en pleine mutation technologique, se livre une compétition féroce avec des acteurs américains et asiatiques disposant de moyens financiers décuplés. Pour survivre, voire redevenir un champion européen du numérique à la hauteur de ses ambitions, Atos devra innover, attirer ou fidéliser les talents, et renouer avec ses clients historiques dans un climat de défiance généralisée. Le parcours de Philippe Salle, salué pour sa capacité à restructurer et à mobiliser les équipes, sera scruté de près par les marchés et les pouvoirs publics, qui voient en ce dossier un enjeu industriel national de premier plan.
Pour Atos, l’heure n’est plus aux demi-mesures. La nomination de Philippe Salle constitue sans conteste le dernier pari d’une entreprise à la croisée des chemins, déterminée à retrouver sa place sur l’échiquier du numérique mondial. Reste à savoir si le nouveau patron parviendra à redonner espoir à un géant vacillant, dont la renaissance tiendrait, pour beaucoup, du symbole de la résilience industrielle française.



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