Martin Sion (ArianeGroup) alerte sur l’absence de préférence européenne dans le secteur spatial
Martin Sion, président exécutif d’ArianeGroup, a récemment tiré la sonnette d’alarme sur la politique spatiale européenne lors d’une intervention remarquée. Le dirigeant du groupe industriel franco-allemand, pilier de la filière spatiale du continent, regrette que l’Europe soit la seule grande puissance à ne pas avoir instauré une préférence nationale – ou plus justement, continentale – dans le domaine de l’accès à l’espace.
Face à la concurrence accrue des États-Unis, de la Russie, de la Chine et de l’Inde, Martin Sion constate un décalage préoccupant. « Toutes les grandes nations ont instauré une préférence nationale… sauf l’Europe », a-t-il déclaré. À l’heure où l’accès indépendant et souverain à l’espace retrouve un enjeu stratégique, cette position pourrait fragiliser durablement l’industrie européenne des lanceurs, dominée par ArianeGroup avec la fusée Ariane.
Aux États-Unis, la préférence est claire : la NASA, les forces armées ou encore les agences fédérales réservent l’essentiel de leurs contrats de lancements aux industriels américains. SpaceX et United Launch Alliance, entre autres, ont profité de cette politique volontariste qui garantit remplissage et investissement. Même tendance en Chine, où seuls les groupes nationaux sont chargés des programmes spatiaux étatiques, ou en Russie, où le spatial reste une prérogative d’État. L’Inde multiplie également les lancements via son programme PSLV, strictement contrôlé par les autorités nationales.
L’Europe, en revanche, maintient une politique d’achat fondée sur le « mieux disant », ouvrant la porte à la concurrence internationale, y compris pour les missions institutionnelles. Cette ouverture expose les industriels du vieux continent à une compétition féroce, dans un contexte de montée en puissance de nouveaux acteurs. Les contrats de lancement de satellites européens, parfois attribués à SpaceX, illustrent ce phénomène. Martin Sion dénonce un manque de soutien politique, au détriment de la souveraineté stratégique européenne.
Les conséquences ne sont pas anodines. Les difficultés rencontrées par ArianeGroup dans le développement d’Ariane 6, confrontée à des retards et des surcoûts, reflètent aussi les incertitudes entourant la charge de travail à venir. Faute d’une commande ferme et prioritaire des institutions européennes, l’entreprise voit sa viabilité industrielle menacée. Or, le lancement de satellites pour la navigation, le climat ou la sécurité relève d’une capacité jugée critique par tous les grands États.
Selon Martin Sion, il est urgent de repenser les mécanismes de soutien. Au-delà de subventions ou de plans de relance ponctuels, il plaide pour la mise en place d’une préférence européenne affirmée dans les appels d’offres publics. Une telle mesure garantirait un carnet de commandes prévisible pour les industriels, condition sine qua non pour investir dans les prochaines générations de lanceurs et préserver l’indépendance du continent.
L’enjeu dépasse le seul cas d’ArianeGroup. C’est l’ensemble de la chaîne spatiale européenne – constructeurs, sous-traitants, bureaux d’études – qui est concerné. Alors que d’autres continents consolident leurs champions nationaux, l’Europe doit, selon Martin Sion, se doter d’une politique spatiale à la hauteur de ses ambitions. Seule une préférence clairement affichée permettrait de continuer à rivaliser sur la scène mondiale et d’assurer la maîtrise de l’accès à l’espace par l’Europe.



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