Europe : des perspectives économiques incertaines pour 2026 selon Florence Pisani
À l’approche de l’année 2026, les perspectives économiques de l’Europe suscitent interrogations et inquiétudes. Entre incertitudes géopolitiques, inflation persistante et défis structurels, la zone euro peine à retrouver une trajectoire de croissance solide. Selon Florence Pisani, économiste reconnue et directrice de la recherche économique chez Candriam, les prévisions ne prêtent guère à l’optimisme.\n\nFlorence Pisani observe d’abord que la reprise post-pandémique, amorcée en 2021 et 2022, a rapidement montré ses limites. Si l’économie a su faire face aux chocs immédiats, à commencer par la flambée des prix de l’énergie à la suite de la guerre en Ukraine, plusieurs fragilités structurelles demeurent. « La croissance potentielle de l’Europe reste faible comparée à d’autres grandes régions du monde », explique-t-elle, soulignant le poids du vieillissement démographique, le retard de productivité et l’insuffisance des investissements massifs dans l’innovation.\n\nL’une des principales inquiétudes pour 2026 réside dans la persistance d’une inflation supérieure aux objectifs fixés par la Banque centrale européenne (BCE). Après un pic historique en 2022, la courbe des prix semble amorcer une décrue, mais sans revenir durablement en dessous des 2 %. « Les tensions sur les salaires, conjuguées à la volatilité des prix de l’énergie et aux désordres géopolitiques, continuent d’alimenter une inflation de fond », analyse Florence Pisani. En conséquence, la BCE maintient son discours prudent et n’envisage pas de baisse franche de ses taux directeurs à court terme, au risque de freiner plus fortement la croissance.\n\nLa faiblesse de la demande intérieure est également pointée du doigt. Après l’explosion de l’épargne forcée lors des confinements, les ménages européens voient désormais leur pouvoir d’achat rogné par la hausse du coût de la vie, tandis que les entreprises hésitent à investir face à l’incertitude du contexte international et aux conditions de financement plus strictes. « La politique budgétaire n’a plus la même souplesse qu’au sortir de la pandémie », poursuit Pisani. « De nombreux Etats membres sont contraints de réduire leurs déficits, une mesure indispensable pour éviter une montée des tensions sur les marchés de la dette, mais qui bride les efforts de soutien à l’économie réelle. »\n\nLe tableau dressé par Florence Pisani ne manque toutefois pas de nuances. Quelques signaux positifs subsistent : malgré une conjoncture difficile, le marché du travail européen fait preuve de résilience, avec un taux de chômage qui reste historiquement bas dans plusieurs pays membres. Par ailleurs, la transition écologique, si elle implique des investissements lourds à court terme, pourrait engendrer à moyen terme des dynamiques de croissance dans de nouveaux secteurs, à condition que l’Europe sache accélérer le déploiement de ses politiques industrielles.\n\nNéanmoins, l’incapacité à mettre en œuvre rapidement des réformes ambitieuses demeure un frein. Pisani estime que la coordination des politiques économiques demeure trop insuffisante au sein de l’Union, accentuant le risque de fragmentation et de divergences entre les économies du Nord et du Sud. « Le retard pris dans le renforcement de la compétitivité européenne vis-à-vis des États-Unis et de la Chine pourrait peser durablement sur la croissance et l’emploi », prévient l’économiste.\n\nÀ deux ans de 2026, l’Europe est donc à la croisée des chemins. La capacité à répondre aux défis énergétiques, technologiques et sociaux qui s’annoncent sera déterminante pour éviter un décrochage durable du Vieux Continent. Reste à savoir si les prises de conscience actuelles se traduiront, à temps, en décisions politiques majeures.



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