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La liquidation de Brandt, symbole d’une industrie en déclin soutenue à bout de bras par l’État

La liquidation de Brandt, symbole d’une industrie en déclin soutenue à bout de bras par l’État

C’est un nom qui aura marqué plusieurs générations de consommateurs français, synonyme autrefois de qualité et de fabrication hexagonale : Brandt, figure historique de l’électroménager, vient d’être placé en liquidation judiciaire. Une décision qui clôt des années d’agonie commerciale et de tentatives infructueuses de redressement, illustrant une fois de plus la fragilité du tissu industriel tricolore et les limites d’un interventionnisme public devenu réflexe.\n\nL’histoire de Brandt épouse à certains égards celle de l’industrie française dans son ensemble. Fleuron national dans les décennies d’après-guerre, la marque a longtemps incarné savoir-faire, innovation et présence dans toute la France grâce à de vastes sites de production. Mais à partir des années 1990, la concurrence internationale, la montée en puissance des fabricants asiatiques et une série de rachats hasardeux ont érodé sa compétitivité et mené à la disparition progressive de ses usines sur le territoire. Le passage sous pavillon étranger, notamment après son acquisition par le conquérant algérien Cevital en 2014, n’aura pas suffi à enrayer la spirale du déclin, malgré des promesses d’investissements et de relocalisations.\n\nAu fil des années, les diverses tentatives de sauvetage orchestrées avec le soutien des pouvoirs publics se sont multipliées. Prêts garantis par l’État, subventions, exonérations sociales : Brandt est devenu l’un des nombreux exemples d’entreprises auxquelles l’État refuse de dire adieu, au risque de multiplier les plans de sauvetage coûteux pour le contribuable. Mais aucun remède n’a permis de faire face à la réalité d’un marché mondialisé, à la fois hyperconcurrentiel et dominé par des acteurs géants capables de jouer sur les prix et d’inonder les étals avec des produits à bas coûts.\n\nLe sort de Brandt s’apparente ainsi à un cas d’école. Face à la crainte des suppressions d’emplois et du démantèlement des sites industriels, l’État choisit souvent d’intervenir, quitte à retarder l’inévitable. Ce volontarisme a malgré tout ses limites. Les politiques de soutien, souvent dictées par l’urgence et la pression locale, peinent à s’accompagner d’une véritable stratégie industrielle sur le long terme. En évitant de trancher, les pouvoirs publics se retrouvent à gérer des situations de survie précarisée, au détriment d’un accompagnement des salariés vers la reconversion ou la stimulation de nouvelles filières.\n\nLe cas Brandt alimente aussi le débat actuel sur la politique industrielle française et européenne. Alors que la réindustrialisation est érigée en priorité nationale, la liquidation de la marque révèle les paradoxes d’une puissance publique partagée entre le refus du déclin et l’impuissance face aux restructurations de marché. Comment, dans ce contexte, prévenir la disparition des acteurs historiques ? Faut-il privilégier la sauvegarde coûte que coûte, ou accepter la mutation des bassins d’emploi sans tenter de préserver artificiellement des entreprises vouées à disparaître ? Autant de questions qui renvoient à la nécessité, pour la France, de repenser en profondeur son rapport à l’industrie, à l’innovation et à la mondialisation.\n\nPour les anciens salariés, c’est la fin d’un chapitre douloureux. Pour l’économie française, la liquidation de Brandt s’apparente à un avertissement : à force de retarder les transitions inéluctables et de soutenir des industries déjà perdues, le risque est grand de s’enfermer dans la nostalgie. La survie de l’industrie française passera sans doute, non par l’acharnement thérapeutique, mais par l’anticipation des mutations et l’accompagnement vers de nouveaux secteurs porteurs.

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