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Voitures électriques : la course contre la montre profite-t-elle à la Chine ?

Voitures électriques : la course contre la montre profite-t-elle à la Chine ?

Face à l’urgence climatique et à la nécessité de décarboner les transports, l’Europe et la France se sont engagées dans une transition accélérée vers la voiture électrique. Mais, derrière la volonté de prendre de vitesse les énergies fossiles, une autre course discrète se joue : celle de la souveraineté industrielle. Pour beaucoup d’experts et d’industriels, à vouloir gagner du temps en accélérant la sortie du moteur thermique, l’Europe risque en réalité de le donner à la Chine.

Car dans la chaîne de valeur essentielle des véhicules électriques, du raffinage des matières premières à la fabrication des batteries et à l’assemblage final, la Chine détient aujourd’hui une position dominante. Selon l’Agence internationale de l’énergie, plus de 70 % des batteries et près de 80 % des capacités mondiales de raffinage des matériaux critiques comme le lithium, le cobalt ou le nickel sont déjà sous contrôle chinois. L’empire du Milieu s’est doté en quelques années d’une expertise et d’une puissance industrielle difficilement concurrençables.

En Europe, la volonté d’opérer une transition technologique rapide partait d’une ambition louable : réduire les émissions de gaz à effet de serre du secteur automobile, qui représente un quart des émissions européennes. Mais cette accélération, traduite par l’objectif de vendre exclusivement des véhicules zéro émission dès 2035, a bouleversé les équilibres industriels et fait vaciller des dizaines de sites spécialisés dans le moteur thermique. Les groupes européens, confrontés à la nécessité de revoir leur outil industriel, peinent à répondre à la massification de la demande de batteries et doivent se tourner vers les fournisseurs asiatiques, notamment chinois.

En conséquence, ce basculement technologique se traduit par un déplacement de la valeur ajoutée hors du continent. Faute de filières locales, l’Europe importe non seulement ses batteries mais aussi les matériaux nécessaires à leur fabrication, accentuant la dépendance vis-à-vis de la Chine. Plusieurs responsables industriels alertent : sans stratégie volontariste pour structurer une filière européenne, du recyclage à la production de cellules, le marché européen de l’électrique pourrait devenir une terre d’accueil pour les constructeurs chinois.

Les géants de l’automobile chinois, à l’image de BYD ou de SAIC, profitent ainsi de coûts de production plus compétitifs et d’une avance technologique notable. Leurs modèles électriques, souvent proposés à des prix agressifs, s’implantent progressivement sur les marchés occidentaux, encourageant l’apparition d’un nouveau rapport de force. Face à ces défis, la Commission européenne a ouvert des enquêtes pour « pratiques anticoncurrentielles » et planche sur des mesures protectionnistes pour préserver la compétitivité industrielle européenne.

Mais ces initiatives risquent d’arriver tard face à la rapidité de l’offensive chinoise. Pour les observateurs, le paradoxe est flagrant : en voulant aller plus vite que les autres sur la voie de l’électrification, l’Europe et la France doivent aujourd’hui courir après le temps… et rattraper un retard déjà creusé par la Chine. L’enjeu est désormais clair : réussir à bâtir une filière européenne suffisamment robuste pour redevenir maîtresse de sa destinée industrielle et énergétique.

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