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Le secteur de l’énergie face à une possible domination chinoise : bientôt des panneaux solaires achetés en yuans ?

Le secteur de l’énergie face à une possible domination chinoise : bientôt des panneaux solaires achetés en yuans ?

La transition énergétique pousse de nombreux pays à massifier le recours aux énergies renouvelables, et en particulier au solaire. Un mouvement planétaire qui, paradoxalement, accroît la dépendance de l’Occident vis-à-vis de la Chine, devenue en l’espace de quelques années le principal fournisseur mondial de panneaux photovoltaïques. Désormais, certains experts s’interrogent : l’Europe et les États-Unis pourraient-ils se retrouver, dans un avenir proche, à devoir acquérir ces équipements non plus seulement auprès d’industriels chinois, mais aussi dans la monnaie de Pékin, le yuan ? Une perspective qui illustre à quel point la chaîne d’approvisionnement énergétique mondiale est en pleine recomposition.\n\nSelon les études menées par l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la Chine produit à elle seule plus de 80 % des modules photovoltaïques installés dans le monde. Cette suprématie ne se limite pas à l’assemblage des panneaux solaires ; elle englobe aussi l’extraction et la transformation des matières premières nécessaires à leur fabrication, comme le silicium ou l’argent. Cette position dominante est le fruit d’une politique industrielle volontariste, de subventions massives et d’une capacité à baisser les coûts qui a littéralement laminé la concurrence occidentale, ne laissant que des miettes à une poignée d’entreprises européennes et américaines.\n\nPour l’heure, malgré cette domination, le commerce mondial de panneaux solaires continue de s’effectuer principalement en dollars américains, la monnaie internationale de référence. Mais l’accroissement des tensions géopolitiques, l’ambition affichée par la Chine de renforcer l’internationalisation du yuan, et la dépendance croissante des économies occidentales à ces produits chinois font naître un scénario longtemps impensable : voir Pékin imposer, au moins en partie, ses propres règles du jeu, dont le paiement en yuans.\n\n »Les Européens risquent d’ici quelques années de ne plus vraiment avoir le choix du fournisseur ni de la devise », prévient un analyste du secteur. Pour la Chine, pousser à la facturation de ses exportations stratégiques dans sa propre monnaie constituerait une étape décisive sur le chemin de la puissance économique, tout en affaiblissant d’autant l’influence du dollar. Les prémices de cette bascule sont déjà perceptibles : certaines entreprises chinoises, dans d’autres filières telles que les batteries ou les semi-conducteurs, réclament désormais des paiements en yuan, du moins partiellement, à leurs clients internationaux.\n\nUne telle évolution impliquerait pour les acheteurs européens ou américains une adaptation non négligeable : gestion de risques de change supplémentaires, nécessité de se procurer des devises auprès de banques chinoises, et peut-être de nouvelles négociations sur les prix. Au-delà des aspects purement techniques et financiers, la question serait aussi largement politique, car elle consacrerait à la fois la prééminence de la Chine dans l’industrie solaire et l’affaiblissement de la souveraineté énergétique des pays dépendants.\n\nDe plus, la montée en puissance du yuan sur le marché des matières premières stratégiques aurait des implications systémiques : elle pourrait accélérer les ambitions de la Chine de conférer à sa monnaie un statut international, tout en donnant à Pékin un levier supplémentaire dans la compétition économique et géopolitique mondiale. Les discussions déjà engagées entre la Chine et certains pays émergents pour régler des échanges énergétiques en yuans témoignent de cette tendance.\n\nFace à cette perspective, l’Union européenne multiplie les initiatives pour soutenir une filière photovoltaïque locale, mais le retard accumulé face aux géants chinois s’avère aujourd’hui considérable. Le risque, préviennent les spécialistes, serait de passer d’une dépendance aux énergies fossiles russes à une dépendance industrielle et monétaire chinoise, plaçant ainsi l’Europe face à de nouveaux défis majeurs pour atteindre ses objectifs climatiques tout en préservant son autonomie stratégique.

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