×

Michel Devoret, prix Nobel de physique, compare l’informatique quantique à l’ère des tubes à vide

Michel Devoret, prix Nobel de physique, compare l’informatique quantique à l’ère des tubes à vide

Alors que l’informatique quantique suscite autant d’enthousiasme que de questionnements dans le monde de la recherche et de l’industrie, le physicien Michel Devoret, récemment lauréat du prix Nobel de physique, jette un regard lucide sur l’état actuel de ce secteur en pleine effervescence. Lors d’un entretien, le scientifique met en perspective le chemin qu’il reste à parcourir avant que les promesses technologiques du quantique deviennent réalité.\n\n »Dans le quantique, nous en sommes encore à l’étape des tubes à vide », affirme-t-il, évoquant une métaphore qui résonne auprès des ingénieurs comme des chercheurs. Pour Michel Devoret, le parallèle historique avec les débuts de l’informatique classique est frappant : avant l’avènement du transistor à la fin des années 1940, les calculateurs électroniques reposaient sur des dispositifs encombrants, lents et fragiles. De même, les prototypes de processeurs quantiques d’aujourd’hui, confinés dans des laboratoires équipés à grands frais, n’en sont qu’à leurs balbutiements techniques.\n\nLe scientifique rappelle que, si l’on observe le développement de l’informatique depuis l’après-guerre, il aura fallu plusieurs décennies pour passer des premiers calculateurs géants à la micro-informatique accessible à tous. « L’informatique quantique traverse à son tour une phase d’exploration et de prototypage », souligne-t-il, insistant sur le temps, la recherche et l’investissement nécessaires pour stabiliser et miniaturiser ces nouvelles machines.\n\nMalgré cet état des lieux, Michel Devoret ne verse pas dans le pessimisme. Loin de là. « Le potentiel de l’informatique quantique demeure intact », assure-t-il, rappelant que les laboratoires des universités et les acteurs industriels comme IBM, Google ou des start-up spécialisées multiplient les avancées. Les applications envisagées vont du calcul de nouvelles molécules pour l’industrie pharmaceutique à la résolution de problèmes logistiques complexes, inaccessibles aux ordinateurs classiques. Mais, pour le moment, reconnaît le physicien, la plupart de ces démonstrations restent confinées à des calculs de faible envergure et à des expériences de laboratoire.\n\nLes principaux défis techniques restent entiers, au premier rang desquels la correction d’erreurs quantiques. « Chaque manipulation d’information dans un ordinateur quantique reste tributaire d’un environnement bruité, ce qui perturbe massivement les calculs », explique Devoret. Stabiliser les bits quantiques, ou qubits, sur des durées compatibles avec des calculs complexes constitue une gageure scientifique et technique que la communauté internationale s’efforce de relever.\n\nPar ailleurs, le chercheur tempère l’engouement parfois excessif autour d’un secteur régulièrement qualifié de « révolutionnaire ». S’il juge légitime l’espoir suscité par le quantique – qui pourrait un jour bouleverser des pans entiers de l’économie – il rappelle que la prudence s’impose. « L’histoire des technologies nous enseigne combien il est difficile de prédire le rythme des percées. Il faut se méfier à la fois des annonces tonitruantes et du découragement prématuré », souligne-t-il.\n\nEn somme, Michel Devoret invite à regarder l’informatique quantique pour ce qu’elle est aujourd’hui : un domaine scientifique prometteur, encore éloigné de la maturité technologique. Alors que les investissements massifs affluent et que les chercheurs rivalisent d’ingéniosité, l’aventure ne fait que commencer. Mais, conclut-il, « comme avec les tubes à vide, le meilleur reste à inventer ».

Laisser un commentaire