L’Europe face à la montée des blocs : vers une alliance des « Good Guys » ?
Dans un contexte international marqué par la rivalité croissante entre les États-Unis de Donald Trump et la Chine de Xi Jinping, l’Europe se retrouve confrontée à une question déterminante pour son avenir politique et économique : doit-elle, pour préserver ses valeurs et ses intérêts, former une alliance autonome avec d’autres démocraties qu’elle percevrait comme les « Good Guys » face à la réorganisation des puissances mondiales ?
La montée en puissance de la Chine, devenue en quelques décennies la seconde économie mondiale, s’accompagne d’une influence politique et technologique de plus en plus affirmée sur la scène internationale. Dans le même temps, les États-Unis, sous la présidence de Donald Trump, ont adopté une posture plus unilatérale et protectionniste, révisant nombre de leurs engagements multilatéraux, et remettant en cause le socle de valeurs communes avec leurs alliés historiques, à commencer par l’Union européenne.
Entre ces deux pôles désormais aussi puissants qu’imprévisibles, l’Europe apparaît comme le principal défenseur du multilatéralisme et du respect des normes démocratiques. Mais l’Union européenne, confrontée à ses propres divisions internes et à une croissance relativement atone, peine à faire entendre sa voix. Nombre de responsables politiques et d’experts s’interrogent alors : est-il temps de penser l’Europe comme le noyau d’une alliance nouvelle, regroupant les « Good Guys » – ces pays qui partagent une vision commune des droits humains, du développement durable, du commerce équitable et de la stabilité internationale ?
Ce concept d’ »alliance des Good Guys » s’appuie sur plusieurs constats. D’une part, la fragilisation des organisations internationales comme l’OMC ou l’ONU, jusqu’alors garantes d’un certain ordre mondial, nuit à la capacité des Européens à défendre leurs intérêts. D’autre part, la compétition technologique et industrielle que se livrent Washington et Pékin, notamment dans les domaines du numérique et de l’intelligence artificielle, risque d’aboutir à une fragmentation des marchés et des standards, au détriment de l’autonomie stratégique européenne.
Pour certains leaders européens, il ne s’agit plus seulement de préserver un pré carré, mais de bâtir de nouvelles coopérations avec les nations qui partagent les mêmes valeurs démocratiques, qu’elles soient asiatiques, africaines ou américaines. Autrement dit, favoriser des échanges renforcés avec le Canada, le Japon, l’Australie, la Corée du Sud, mais aussi des pays d’Afrique ou d’Amérique latine, afin de peser plus fortement dans la balance mondiale et d’éviter que le jeu international ne se résume à un affrontement Chine-États-Unis où l’Europe serait cantonnée au rôle de spectateur.
Mais une telle alliance n’est pas sans obstacles. L’hétérogénéité des pays susceptibles de la rejoindre, la diversité de leurs intérêts économiques ou géopolitiques, ainsi que la réticence de certains à s’aligner sur une vision européenne des affaires internationales, compliquent la construction d’un bloc cohérent. De plus, la capacité de l’Europe à s’affirmer sur la scène mondiale dépend aussi de sa cohésion interne, mise à l’épreuve par des crises successives, du Brexit à la pandémie, en passant par la guerre en Ukraine.
Face à la radicalisation des logiques d’affrontement et à la tentation du repli sur soi perceptible au sein des deux grandes puissances, l’Union européenne doit donc se réinventer : affirmer son attachement à un certain ordre mondial fondé sur le droit, tout en nouant de nouveaux partenariats susceptibles d’assurer sa sécurité économique, politique et technologique. L’idée d’une « alliance des Good Guys » prend ainsi la forme d’un défi à relever mais aussi d’une opportunité pour l’Europe de retrouver un rôle central sur l’échiquier mondial.



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