Nicolas Bouzou : « La France a souvent vacillé, mais a toujours rebondi »

Nicolas Bouzou : « La France a souvent vacillé, mais a toujours rebondi »

Interrogé à l’occasion de la publication de son nouvel ouvrage, « L’éternel sursaut » (XO éditions), Nicolas Bouzou livre une analyse lucide mais nuancée sur l’état de la France. Économiste et essayiste, il dresse le constat d’un pays souvent décrit comme empêtré dans ses difficultés, mais doté d’une capacité historique à surmonter les crises.

Dans ses contributions régulières à L’Express, Bouzou revient sur les faiblesses structurelles françaises: des finances publiques fragiles qui rendent la France dépendante des marchés, une armée jugée peu dissuasive, des blocages dans le système éducatif et une innovation freinée par un carcan réglementaire et fiscal. À travers 2 500 ans d’histoire, son livre éclaire la résilience française et s’autorise à envisager un futur plus prometteur, loin du pessimisme ambiant.

Un pays de querelles… et de rebonds
D’après Nicolas Bouzou, la conflictualité permanente fait partie de l’ADN national. « On affirme parfois que la France est structurellement bloquée. Non : elle sait se réformer, mais plus tardivement et de façon plus vigoureuse que d’autres nations. » Cette propension à la division, liée à l’histoire et à la diversité du pays, n’exclut pas la faculté de s’unir face au danger, comme ce fut le cas lors de grandes crises.

L’auteur souligne que certaines réformes, à l’image de celle des retraites, suscitent en France des mouvements sociaux d’ampleur inédite par rapport à d’autres démocraties. Pourtant, d’après lui, même dans l’affrontement, la France finit par avancer, si bien que les présidents doivent apprendre à canaliser cette énergie. Bouzou cite l’exemple de Nicolas Sarkozy, partisan de projets constants pour maintenir la dynamique du débat public, ou de François Mitterrand, dont les grands travaux visaient à rassembler la nation.

Une histoire faite de cycles
S’inspirant de l’écrivain André Maurois, Bouzou considère que l’histoire de France se caractérise par des alternances de crises et de phases prospères. Il rappelle les périodes où le pays a frôlé la disparition, que ce soit au XVe siècle, lors de l’invasion anglaise, ou en 1940, après le vote des pleins pouvoirs à Pétain. Pour Bouzou, la singularité française réside dans cette capacité à renaître après chaque épreuve, édifiée sur une longue tradition et une identité historique forte, amorcée dès l’Antiquité.

À la recherche d’un projet libéral
Nicolas Bouzou déplore aujourd’hui l’absence d’une offre politique audacieuse fondée sur la liberté d’entreprendre, la simplification administrative et la rigueur budgétaire. Selon lui, les discours extrémistes, notamment celui de la gauche radicale, dominent le débat et laissent peu de place aux idées libérales. Il plaide pour une refonte profonde de la législation—par exemple en s’inspirant du vaste chantier du Code civil sous Napoléon—et pour une préparation sérieuse des réformes, citant le travail en amont des équipes de François Mitterrand en 1981, ou la structuration des idées programmatiques lors de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. Actuellement, selon Bouzou, les formations politiques traditionnelles ont perdu cette capacité à générer des propositions structurées, laissant le débat public aux seules personnalités.

État fort et planification, un faux paradoxe
L’auteur réfute l’idée selon laquelle l’interventionnisme d’État serait antagoniste avec une approche libérale. Il cite l’exemple de Jean Monnet, qui dès 1947, a mené la reconstruction de la France sur la base d’une planification non centralisatrice, laissant une large autonomie aux entreprises. Dans des périodes de profond désordre, un État stratège s’impose, estime Bouzou, à condition d’encourager l’initiative privée et la compétition. Il rappelle que même le général de Gaulle, trop souvent perçu comme protectionniste, défendait dans ses écrits la nécessité pour la France d’affronter la concurrence internationale pour progresser.

Des institutions solides, mais un système hypertrophié
Face aux appels à une VIe République et à la réforme institutionnelle, Bouzou se montre sceptique. Pour lui, la stabilité politique française tient à la robustesse des institutions de la Ve République. Le problème ne réside pas dans les structures fondamentales, fortement incarnées par une administration compétente, mais dans la prolifération des agences publiques et des échelons administratifs qui paralysent l’action. Le sursaut, selon lui, ne viendra pas d’un changement de régime, mais d’un retour à l’efficacité et à la simplification de l’État. Bouzou conclut sur la nécessité d’un travail intellectuel et politique en profondeur pour que la France, fidèle à son histoire, puisse une nouvelle fois surmonter ses blocages et reprendre sa place parmi les grandes nations.

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