IA et éducation : le défi de l’apprentissage à l’ère de l’intelligence artificielle

IA et éducation : le défi de l’apprentissage à l’ère de l’intelligence artificielle

Réunis au théâtre Marigny à Paris le 23 mars 2026, élèves, enseignants, chefs d’entreprise et experts de la technologie ont débattu de l’avenir de l’éducation et des compétences à l’ère de l’intelligence artificielle (IA). À l’initiative de L’Express, ce colloque inédit, placé sous le signe de la transmission et du progrès, a permis de confronter les visions et de relever les principaux défis liés à la montée en puissance de l’IA dans le monde de l’apprentissage et du travail.

D’emblée, les dirigeants d’établissements d’excellence se sont exprimés sur la transformation en cours. Éloïc Peyrache (HEC Paris) et Francesco Billari (université Bocconi) ont souligné le bouleversement apporté par l’IA, formidable opportunité mais aussi facteur de remise en cause des pratiques pédagogiques. Les deux responsables rappellent la nécessité de former les étudiants à l’interprétation et la mise en question de l’IA plutôt qu’à la reproduction de tâches automatisables. « Pour ne pas être remplacé, il faut développer des compétences de réflexion, d’analyse et renforcer l’interaction sur les campus », insistent-ils. La préservation des liens sociaux et collectifs est ainsi jugée essentielle face à l’inexorable montée de la technologie.

Du côté des entreprises, l’IA soulève de nouveaux enjeux dans la prise de décision et la gouvernance. Pour Olivier Sibony, professeur de stratégie à HEC Paris, la méthode et le processus décisionnel restent fondamentaux. Il met en garde contre l’idée de voir l’IA trancher en lieu et place de l’humain : « Dans certains domaines, déléguer entièrement la décision à la machine, comme en justice, n’est pas envisageable. » L’apprentissage et la progression, à l’image d’une ascension en montagne, tirent leur valeur du chemin parcouru, bien plus que du simple résultat.

Parallèlement, le secteur de l’Edtech connaît une expansion accélérée, stimulée par l’adoption massive d’outils d’IA. Marie-Christine Levet, fondatrice d’Educapital, rappelle que ChatGPT a franchi la barre des 100 millions d’utilisateurs en à peine deux mois, contre plus de sept ans pour l’Internet. Les solutions comme PowerZ ou Simplon, portées par des entrepreneurs innovants, réinventent l’apprentissage, tout en reconnaissant la nécessité du contact humain. Pour Véronique Saubot (Simplon), « l’IA peut devenir un exosquelette de l’apprentissage » sans jamais se substituer à l’interaction sociale ou à la personnalité d’un enseignant.

Alors que l’IA suscite de réelles inquiétudes sur l’avenir de l’emploi, Robin Rivaton (Stonal, Fondapol) appelle à relativiser les discours alarmistes sur les destructions massives d’emplois. Selon lui, ce sont les jeunes diplômés qui risquent le plus de subir la montée du chômage, car les organisations traditionnelles évoluent bien moins vite que les géants de la tech. L’adoption de l’IA accompagne avant tout une mutation de la nature du travail, comme l’a confirmé Claire Lebarz (Malt) ; si la demande pour certains métiers, comme les designers graphiques, décroît légèrement, la valeur ajoutée des compétences humaines et stratégiques demeure décisive.

Dans le secteur du droit, Jonathan Williams (Legora) observe une course à l’équipement en IA parmi les cabinets qui veulent rester compétitifs. D’autres, tel Charles Gorintin (Alan), préfèrent miser sur la productivité et la réallocation du temps libéré par l’automatisation pour améliorer la qualité du travail plutôt que de céder à la tentation de l’oisiveté. L’évolution concerne aussi les plus jeunes, la Corée du Sud ayant récemment revu ses ambitions à la baisse après avoir constaté une trop grande exposition des enfants aux écrans d’IA, tandis que la Finlande et la Chine explorent des usages différents, entre formation civique et préparation au marché du travail.

Le débat a également touché à la pertinence de l’enseignement supérieur face à ces mutations. Laurent Alexandre, dans une posture provocatrice, s’inquiète de la production de « diplômes en chocolat », tandis que Luc Ferry prône le maintien d’études fondamentales pour comprendre le monde complexe et éviter l’uniformisation cognitive induite par l’IA. Les comparaisons entre enseignants traditionnels et chatbots alimentent le débat, sans parvenir à éclipser la place irremplaçable de l’humain.

Enfin, la journée a mis à l’honneur des figures de l’innovation pédagogique, telles qu’Estelle Dalençon alias Wonderwomath, qui exploite la viralité des réseaux sociaux pour réconcilier les jeunes avec les mathématiques et utilise l’IA dans ses outils éducatifs. Cette hybridation entre technologie et transmission manuelle est vue d’un œil optimiste : Gaspard Koenig et Thomas Allanic (Ferrandi Paris) relèvent d’ailleurs la résilience des métiers artisanaux, moins exposés à l’automatisation massive, symbolisant le besoin de cultiver encore le « jardin » du savoir à l’ère numérique.

La rencontre s’est conclue par une réflexion ouverte sur le nouvel agenda imposé par l’IA à nos existences et la nécessité de réfléchir collectivement au rythme, au contenu et au sens à donner à cet apprentissage perpétuel.

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