L’ère Trump : les inquiétudes du monde scientifique face à une politique aux relents historiques
L’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche en 2017 a marqué un tournant sans précédent dans les relations entre la science et le pouvoir politique aux États-Unis. Si l’on évoque souvent les changements de cap dans les politiques économiques ou diplomatiques qui caractérisent les alternances politiques, rarement un président américain n’aura autant remis en question l’expertise scientifique comme boussole pour guider les décisions étatiques. Pour nombre d’observateurs et de membres de la communauté scientifique, ce phénomène évoque de sombres épisodes du siècle passé, lorsque la politique venait supplanter le savoir objectif dans l’élaboration des politiques publiques.
Les signaux d’alarme se sont multipliés dès les premiers jours de l’administration Trump. L’une des mesures frontières révélatrices fut la nomination de personnalités ouvertement climatosceptiques à la tête d’agences clés, telles que l’Agence de protection de l’environnement (EPA) ou le département de l’Énergie. Les coupes budgétaires ciblant des programmes de recherche, et plus particulièrement le domaine du climat, ont suscité une inquiétude sans précédent. Selon plusieurs chercheurs, le morcellement des crédits alloués à la recherche fondamentale et appliquée faisait directement écho à des politiques historiquement associées à des régimes autoritaires résolus à façonner la réalité scientifique selon l’idéologie dominante.
La référence aux heures les plus sombres du XXe siècle n’est pas anodine. L’URSS de Staline, puis l’Allemagne nazie, ont en leur temps imposé à leurs chercheurs une soumission totale à l’idéologie officielle, menant à la marginalisation, voire à la persécution, de scientifiques jugés déviants ou hostiles au pouvoir. Si la comparaison mérite d’être maniée avec précaution, plusieurs voix au sein de la communauté scientifique américaine redoutent une trajectoire comparable, au moins dans les intentions : museler la contestation, imposer des vérités alternatives, et transformer la science en instrument au service d’un agenda politique. « Le parallèle existe dans la volonté d’effacer la frontière entre opinion, croyance, et fait scientifique », analyse un professeur de politique publique à l’université de Harvard.
Effet direct de cette défiance présidentielle : la multiplication des initiatives de résistance. Plusieurs marches pour la science ont vu le jour dans les principales villes du pays, rassemblant des dizaines de milliers de chercheurs, étudiants, et citoyens soucieux de l’indépendance du savoir. Des collectifs citoyens ont organisé l’archivage massif de données scientifiques vulnérables à l’effacement ou à la censure. Au sein même des agences fédérales, certains scientifiques ont témoigné anonymement de pressions croissantes visant à modifier des rapports ou à retarder la publication de résultats jugés contrariants pour l’administration.
Le recul américain s’est aussi traduit sur la scène internationale. Le retrait des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat, dès 2017, a été interprété comme un signal dramatique pour la crédibilité du pays dans la coopération globale autour des grands enjeux scientifiques. Plusieurs leaders d’organisations internationales ont ainsi exprimé leur inquiétude face à ce qu’ils considèrent comme une « désertion du leadership scientifique » de la part de la première puissance économique mondiale.
En définitive, le mandat de Donald Trump apparaît déjà, pour de nombreux scientifiques, comme une période de fracture historique aux conséquences potentiellement profondes. Si certains observateurs relativisent l’ampleur des dégâts, insistant sur la résilience du tissu scientifique américain, d’autres rappellent que la confiance envers la science se construit sur le temps long, mais peut se déliter en un instant lorsque le politique décide de tourner le dos à la raison. En la matière, l’histoire offre des leçons que beaucoup espèrent voir évitées outre-Atlantique.



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