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Bruno Bonnell alerte : « Sous-estimer le jeu vidéo est une erreur stratégique pour la France »

Bruno Bonnell alerte : « Sous-estimer le jeu vidéo est une erreur stratégique pour la France »

Dans un entretien exclusif, Bruno Bonnell, personnalité majeure de l’industrie du numérique et ancien dirigeant d’Infogrames, souligne la nécessité urgente de repenser la place du jeu vidéo dans l’économie et la société françaises. Selon lui, considérer le secteur uniquement sous l’angle du divertissement revient à commettre une erreur stratégique majeure, à l’heure où la filière atteint une maturité technologique et culturelle sans précédent.

Pour Bruno Bonnell, le jeu vidéo s’est imposé comme un acteur de premier plan de la création numérique, à l’intersection de l’artisanat artistique, de l’innovation logicielle et des nouveaux usages sociaux. « Réduire le jeu vidéo à du simple loisir, c’est nier son rôle de laboratoire technologique et de vecteur d’influence culturelle », analyse-t-il. Loin d’être un épiphénomène réservé à un public jeune ou aux amateurs, la pratique traverse aujourd’hui toutes les générations et concerne des millions de Français, au même titre que le cinéma ou la littérature.

Le poids économique du secteur est également souligné par l’ancien entrepreneur : avec plusieurs milliards d’euros de chiffre d’affaires chaque année, des studios parmi les plus performants au monde et une capacité d’attraction de talents internationaux, la France possède, selon Bonnell, des atouts majeurs pour rivaliser avec les géants américains et asiatiques. Mais dans ce contexte de concurrence exacerbée, « se reposer sur nos acquis serait dangereux. L’enjeu n’est plus seulement de produire des contenus, mais de structurer un véritable écosystème, du financement de la création jusqu’à la formation des ingénieurs et artistes de demain », insiste-t-il.

Au-delà de l’aspect économique, Brunon Bonnell appelle à reconnaître la dimension éducative et patrimoniale du jeu vidéo. Il évoque l’émergence des « serious games », ces applications ludiques mises au service de l’apprentissage, de la recherche médicale et de la sensibilisation citoyenne. Cette pluralité d’usages contribue, selon lui, à transformer les codes de l’éducation et à ouvrir de nouveaux champs d’innovation pédagogique. « Les frontières entre jeu, apprentissage et création se brouillent chaque jour un peu plus. C’est une richesse. »

Face à ce constat, le dirigeant plaide pour un soutien institutionnel renforcé et une politique publique ambitieuse, à la hauteur des opportunités offertes. Il déplore notamment une taxation et une régulation parfois inadaptées, qui freinent la compétitivité des studios français face à la concurrence internationale. Il appelle aussi à un rapprochement avec le monde de la recherche et de l’enseignement supérieur, essentiel pour rester à la pointe en matière d’intelligence artificielle, de réalité virtuelle et de narration interactive.

Pour Bruno Bonnell, il est plus que jamais temps d’opérer un changement de regard collectif sur le jeu vidéo : « La France a toutes les cartes en main pour être une puissance créative dans ce domaine. À condition de sortir des préjugés et d’investir massivement dans la filière, au bénéfice de son attractivité économique comme de son rayonnement culturel. »

Au moment où le secteur s’apprête à franchir de nouveaux caps en matière d’innovation et de diversification, l’appel de Bruno Bonnell sonne comme une invitation à ne pas laisser passer le train du numérique ludique, sous peine d’en être un simple spectateur.

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