Effacer ses données personnelles en ligne : un marché en plein essor face à l’exposition croissante des internautes
« Mon adresse est partout. » Derrière ce constat désabusé, de plus en plus d’internautes prennent conscience de la prolifération de leurs informations personnelles sur la toile. Qu’il s’agisse de coordonnées, d’e-mails, ou même de données sensibles liées à leur consommation ou à leur santé, beaucoup découvrent avec inquiétude à quel point leur vie privée est vulnérable aux yeux de tous. Cette inquiétude n’est pas nouvelle, mais elle s’amplifie à mesure que les techniques de récolte et de diffusion de ces informations deviennent plus sophistiquées. Face à ce phénomène, de nouveaux acteurs ont vu le jour : les entreprises spécialisées dans l’effacement des données en ligne, dont le chiffre d’affaires ne cesse de croître.
D’abord réservée à une poignée d’utilisateurs particulièrement avertis, la demande de nettoyage numérique explose depuis quelques années, portée par les scandales à répétition autour de la fuite de données et l’essor de moteurs de recherche spécialisés dans la compilation d’informations sur les particuliers. À la faveur des réseaux sociaux et de la multiplication des sites de e-commerce, les traces numériques laissées par chacun se sont démultipliées, rendant la tâche d’effacement longue et complexe pour les simples particuliers. Beaucoup d’entre eux se tournent alors vers ces sociétés qui promettent, moyennant finance, de faire disparaître les photos, adresses, numéros de téléphone ou anciennes publications compromettantes disséminées sur Internet.
L’offre, désormais structurée, s’étend aussi bien aux particuliers soucieux de protéger leur réputation ou d’éviter les arnaques, qu’aux entreprises désireuses de sécuriser les informations personnelles de leurs salariés. Chaque prestataire propose ses propres formules : abonnements mensuels pour une veille continue, interventions ponctuelles sur demande, audits pour établir un état des lieux précis, voire accompagnement juridique en cas de diffusion illicite de données sensibles. Les tarifs varient en fonction du type et du volume d’informations à supprimer, mais aussi selon le niveau d’exposition de chaque client.
« Il n’est pas rare qu’un particulier découvre que ses données personnelles figurent sur des bases de données accessibles en quelques clics », explique Pauline N., responsable d’une entreprise spécialisée dans le secteur. « Notre travail consiste alors à cartographier les traces laissées sur le Web, à demander le retrait auprès des hébergeurs, parfois à argumenter juridiquement pour obtenir la suppression définitive de certaines informations. » Un travail de fourmi qui peut durer plusieurs mois, tant les copies et répliques de données circulent vite et loin sur Internet.
La législation, bien que plus favorable depuis la mise en place du règlement général sur la protection des données (RGPD) en Europe, ne suffit pas toujours à protéger les internautes. Tous les pays ne partagent pas les mêmes standards en matière de respect de la vie privée, et certains acteurs rechignent encore à exécuter les demandes de suppression. Les entreprises du secteur insistent ainsi sur l’importance d’une approche à la fois technique et juridique, pour contourner les obstacles et garantir au client un service efficace.
Face à la montée des craintes — usurpation d’identité, harcèlement, démarchage ciblé —, le marché devrait continuer d’attirer de nouveaux adhérents. Selon les observateurs, cette branche de l’économie numérique n’en serait qu’à ses débuts, portée par la sensibilisation croissante autour des enjeux de la confidentialité en ligne. Les données personnelles, véritable or noir du XXIe siècle, attisent toutes les convoitises. Mais leur effacement, lui aussi, est devenu un business à part entière, dans lequel s’engouffrent désormais des start-up et des acteurs institutionnels. Pour les internautes, la quête d’une certaine invisibilité en ligne pourrait bien n’en être qu’à ses prémices.



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