Italie : le bilan économique contrasté de Giorgia Meloni, une performance scrutée depuis la France
Depuis l’arrivée de Giorgia Meloni à la tête du gouvernement italien il y a dix-huit mois, l’Italie s’est imposée au centre de nombreux débats économiques en Europe. À mille lieues des caricatures qui prédisaient une dérive populiste ou une déstabilisation des marchés à la suite de sa victoire électorale à l’automne 2022, la dirigeante du parti Fratelli d’Italia a affiché une politique pragmatique dont les premiers effets économiques suscitent une attention particulière, notamment en France. Alors que Paris se trouve confrontée à une dégradation récente de ses perspectives budgétaires, Rome, elle, bénéficie jusqu’ici d’un regard plus indulgent des marchés financiers. L’ampleur et la réalité de ce « miracle italien » restent cependant nuancées à la lumière des indicateurs actuels.
En 2023, le produit intérieur brut de la péninsule a progressé de 0,9 %, devançant modestement la France (+0,8 %) et l’Allemagne, entrée en récession. Pour 2024, le gouvernement Meloni table même sur une croissance de 1 %, un objectif que plusieurs institutions, dont la Banque d’Italie et le FMI, estiment raisonnable, mais prudent. L’Italie profite toujours de la vigueur de son secteur manufacturier, particulièrement orienté vers les équipements industriels, l’automobile ou encore le textile, qui tirent profit du rebond de la demande internationale depuis la pandémie. Cette dynamique a permis au pays de réduire en partie la fracture Nord-Sud, même si de considérables disparités régionales persistent.
Concernant l’emploi, la tendance reste également favorable. Le taux de chômage a reculé sous la barre de 7,2 % au printemps 2024, son plus bas niveau en une décennie, aidé par la bonne tenue du BTP et des services. Cependant, le taux d’emploi global (61,8 %) demeure inférieur à la moyenne de la zone euro, illustrant l’ampleur des défis structurels persistants, de l’inadéquation des formations à la précarité de l’emploi, particulièrement chez les jeunes et les femmes.
Parmi les leviers de cette embellie, figure la mise en œuvre progressive du plan de relance européen, dont l’Italie est la principale bénéficiaire. Supervisée de près par des équipes techniques nommées dès le précédent gouvernement, l’allocation de ces 191,5 milliards d’euros de subventions et de prêts doit financer des infrastructures, la transformation digitale, la transition énergétique et la modernisation de l’État. Si Giorgia Meloni a poursuivi la feuille de route initiale, son gouvernement a néanmoins tardé à déployer certains projets clés, ce qui pèse sur la capacité du pays à absorber l’ensemble des fonds européens – un point d’attention pour Bruxelles.
En matière budgétaire, Rome affiche des ambitions de désendettement. Après le pic du déficit à 8 % du PIB en 2022 dans les suites du Covid, l’Italie entend repasser sous les 3 % d’ici 2026. Cette trajectoire reste fragile, car la dette tricolore atteint 140 % du PIB, l’un des plus hauts d’Europe. Mais les investisseurs ne semblent pas inquiétés, le spread – l’écart entre le taux italien et l’allemand – étant resté sous contrôle, autour de 1,5 point. Les agences de notation, elles, saluent une gestion économique jugée « responsable », avec une volonté de maîtriser les dépenses sociales, notamment sur le très controversé revenu de citoyenneté.
Reste que de nombreux défis demeurent. Le pays souffre toujours d’une démographie déclinante, d’une productivité stagnante et d’une bureaucratie lourde. Les grandes réformes — justice, fiscalité, marché du travail — sont attendues, mais encore peu concrétisées. Giorgia Meloni, dans un contexte politique marqué par une coalition fragile et les frictions avec ses alliés, doit composer avec des marges de manœuvre réduites.
En définitive, l’Italie sous Meloni fait preuve d’une certaine résilience qui contraste avec l’essoufflement français récent. Mais le bilan, s’il défie les préjugés initiaux, reste à l’épreuve du temps et des chantiers de fond à mener pour garantir un véritable décollage de l’économie italienne.



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