Les droits de douane de Trump retoqués : quel impact réel pour l’économie américaine ?
Les droits de douane instaurés par l’administration Trump lors du « Liberation Day » n’auront pas fait long feu. Le 20 février, la Cour suprême des États-Unis a statué leur illégalité, annulant une large partie de ces mesures et mettant un coup d’arrêt aux ambitions protectionnistes du président. Une décision saluée par Alex Durante, économiste principal à la Tax Foundation, qui estime qu’elle constitue « une très bonne nouvelle pour les entreprises et les consommateurs américains ».
Selon Alex Durante, les droits de douane décidés par la précédente administration s’assimilent à « des impôts déguisés » qui pèsent en réalité bien plus lourdement sur l’économie américaine que sur ses partenaires commerciaux. Les conclusions de sa dernière étude, produite pour la Tax Foundation, contredisent nettement la rhétorique politique qui présente régulièrement les droits de douane comme une ponction imposée aux producteurs étrangers. « Nos estimations montrent qu’avant l’invalidation par la Cour suprême, la charge fiscale découlant de ces surtaxes douanières augmentait d’environ 1 000 dollars la pression moyenne par ménage américain en 2025, une somme susceptible de grimper à 1 300 dollars en 2026. Avec le taux de 10 % désormais en vigueur, l’impact descend à environ 600 dollars, et atteindrait à nouveau 700 dollars en cas de relèvement à 15 % », détaille l’économiste.
De fait, l’essentiel du coût des droits de douane revient – selon lui comme selon la plupart des études – aux importateurs américains. « Environ 90 % du coût est absorbé par les entreprises ou les consommateurs américains, note-t-il. Contrairement à l’argument initial avancé par l’administration Trump, les producteurs étrangers n’ont pas consenti d’efforts significatifs sur les prix pour compenser les taxes appliquées à la frontière. Les prix à l’importation sont demeurés stables ou ont légèrement progressé, signe que l’essentiel du fardeau est répercuté sur le marché intérieur. »
Le transfert des coûts vers les consommateurs finaux s’effectue cependant de façon partielle et graduelle. « De nombreuses entreprises ont préféré absorber une fraction des coûts en limitant la hausse de leurs prix de détail, souligne Durante. Parfois, cela découle du choix stratégique d’attendre une clarification sur la pérennité des droits de douane ; dans d’autres cas, les stocks constitués en amont ou les ajustements de contrats contribuent temporairement à contenir la répercussion sur le ticket de caisse. Ce phénomène demeure néanmoins variable selon les secteurs : pour les biens difficilement substituables ou impossibles à localiser aux Etats-Unis, les hausses de prix ont été plus nettes. Une étude sur les principaux distributeurs américains mentionne un surcoût de 5 à 6 % lié aux droits de douane. »
L’efficacité de la politique tarifaire prônée par Donald Trump fait largement débat. Du côté du déficit commercial, les espoirs d’un rééquilibrage substantiel n’ont pas été confirmés par les chiffres : « En 2025, il n’a diminué que marginalement, essentiellement sous l’effet de variations ponctuelles liées à l’export de métaux précieux, non aux mesures douanières », précise l’économiste. L’effet sur la réindustrialisation américaine est tout aussi limité. L’incertitude concernant la pérennité du régime tarifaire et l’absence d’harmonisation des taxes entre les différents partenaires commerciaux ont incité nombre d’entreprises à la prudence : « Pour des droits vraiment dissuasifs, il faudrait un consensus politique durable », estime-t-il, ajoutant que des taxes différenciées risqueraient surtout de déplacer la production vers des pays tiers comme le Vietnam, plutôt que de la relocaliser aux États-Unis.
L’impact négatif sur la croissance ne se limite pas à un simple effet sur les prix à la consommation. L’augmentation des coûts pour les industries utilisant des intrants importés affecte leur compétitivité et entraîne des répercussions sur l’ensemble de l’économie américaine, en particulier dans le secteur des services, structurellement dominant. « En 2025, la production manufacturière n’a pas connu de regain, bien au contraire, on observe un recul de l’emploi industriel, ce qui illustre l’échec des objectifs gouvernementaux. »
Reste la question de la politique vis-à-vis de la Chine. Si la nécessité de répliquer aux distorsions de concurrence liées aux subventions publiques chinoises ou aux violations de propriété intellectuelle n’est pas contestée, Alex Durante rappelle que les droits de douane ne sont pas l’unique réponse possible. Il plaide plutôt pour une diversification accrue des sources d’approvisionnement et la mise en place d’accords commerciaux structurants avec d’autres partenaires, à l’image d’une éventuelle participation des États-Unis au Partenariat transpacifique. Pour l’économiste, c’est cette stratégie qui permettrait de limiter la dépendance américaine à certains secteurs stratégiques, sans pénaliser durablement les consommateurs et les entreprises.
Au terme de plusieurs mois d’expérimentation et au vu des conclusions de la Cour suprême, la politique protectionniste de Donald Trump semble avoir atteint ses limites, tant sur l’emploi que sur les prix ou la dynamique commerciale. Tout laisse à penser désormais que la voie d’un retour à l’ouverture et à la diversification s’impose, au moins économiquement.



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