Donald Trump et le détroit d’Ormuz : entre annonces spectaculaires et réalités du marché

Donald Trump et le détroit d’Ormuz : entre annonces spectaculaires et réalités du marché

La proposition de Donald Trump visant à réduire le coût de l’assurance pour les navires empruntant le détroit d’Ormuz illustre, une nouvelle fois, la distance qui sépare les ambitions déclarées par l’ancien président américain et la mise en œuvre concrète de ses projets. Dans un contexte de tensions exacerbées par la présence de drones iraniens et de missiles occidentaux, le projet d’un mécanisme d’assurance bon marché pour sécuriser le trafic maritime s’est rapidement heurté aux réalités du secteur et aux limitations institutionnelles.

Pour Tad DeHaven, spécialiste de la politique américaine au Cato Institute, la mesure annoncée par Donald Trump ne répond pas véritablement à la nature du problème. « Nous sommes confrontés à un risque de guerre, pas à une simple difficulté de liquidités », explique-t-il. Face à la menace persistante, les assureurs ont réévalué de manière significative leurs tarifs. Si la Lloyd’s a maintenu la couverture dans le Golfe, la pression sur le marché reste forte. En pratique, le dispositif soutenu par la Société financière internationale pour le développement (DFC) s’apparente davantage à un mécanisme de réassurance limité, destiné à certains navires répondant à des critères précis, et non à une solution universelle telle que présentée dans le discours trumpiste.

Cette méthode n’est pas sans rappeler d’autres annonces du 45e président des États-Unis. Qu’il s’agisse de la gestion des revenus pétroliers vénézuéliens ou des droits de douane sur les importations, Donald Trump a adopté un schéma rhétorique similaire : une déclaration spectaculaire, marquée par l’affirmation d’un contrôle direct, suivie de la mise en place de dispositifs plus mesurés par l’administration, cadrés par les contraintes légales. Ainsi, la volonté proclamée de contrôler les revenus tirés du pétrole vénézuélien s’est heurtée à l’encadrement rigoureux des autorités américaines, impliquant le Trésor, des comptes off-shore et des licences spécifiques pour les groupes pétroliers.

Les exemples se multiplient : sur le front commercial, Donald Trump a revendiqué la signature d’accords générant des recettes inédites pour les États-Unis, alors que ces arrangements relevaient davantage de la négociation musclée que d’une manne financière tangible. Dans le secteur des semi-conducteurs, il a évoqué la possibilité pour les producteurs américains tels que Nvidia et AMD de vendre leurs puces à la Chine, moyennant une commission, alors même que la législation américaine ne le permet pas. Dans les faits, l’administration a dû se rabattre sur des droits de douane visant des biens importés, illustrant l’écart entre promesses et réalité d’exécution.

La récurrence de ces annonces, suivies de correctifs bureaucratiques, interroge sur la volonté de Donald Trump de disposer d’une marge de manœuvre financière échappant au contrôle du Congrès. Jadis tenté de mettre en place un fonds souverain fédéral sous son autorité, le président s’est heurté au cadre institutionnel américain et a privilégié des investissements publics ponctuels dans des entreprises privées, comme en témoignent douze prises de participation récentes, notamment dans les secteurs des minéraux stratégiques et de l’énergie. Si cette stratégie témoigne d’un interventionnisme économique assumé, elle soulève la question des conflits d’intérêt et du respect des principes de bonne gouvernance traditionnellement associés à la gestion fédérale.

Au cœur de la critique figure le style de gouvernance adopté par Donald Trump : une propension à affirmer pouvoir agir sur les marchés et manœuvrer des financements sans passer par le processus législatif. Outre les interrogations juridiques, ces stratégies ponctuelles présentent des incertitudes en termes de responsabilités, de critères d’éligibilité et de transparence. En théorie comme en pratique, l’histoire américaine plaide pour l’exercice d’un pouvoir exécutif encadré par des règles générales et transparentes, plutôt que par des arrangements ad hoc. L’expérience du détroit d’Ormuz n’en est qu’une illustration supplémentaire : les initiatives présidentielles, aussi ambitieuses soient-elles, ne sauraient durablement se substituer aux structures institutionnelles et aux mécanismes de marché éprouvés.

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