États-Unis : l’administration Trump abroge un texte clé pour la régulation des gaz à effet de serre

États-Unis : l’administration Trump abroge un texte clé pour la régulation des gaz à effet de serre

L’administration Trump a officiellement abrogé, le 12 février, un texte majeur qui servait de fondement à la politique climatique fédérale américaine. Baptisé « Conclusion de mise en danger », le texte avait été adopté en 2009 sous la présidence de Barack Obama, reposant sur le Clean Air Act, une loi qui oblige le gouvernement à réguler les polluants dangereux pour la santé publique. Cette conclusion avait alors étendu cette obligation réglementaire aux six principaux gaz à effet de serre — notamment le dioxyde de carbone (CO₂) et le méthane —, établissant que ceux-ci représentaient une menace pour la santé humaine et l’environnement à la fois actuelle et future.

Peu connue du grand public, cette base juridique avait permis à la puissante Environmental Protection Agency (EPA) d’imposer des normes contraignantes sur les émissions produites par des secteurs aussi divers que l’automobile, la production d’électricité, l’exploitation pétrolière et gazière, ou encore l’industrie lourde. La décision s’appuyait sur l’arrêt Massachusetts v. EPA de la Cour suprême, qui avait validé l’autorité de l’EPA à réglementer ces gaz dès lors qu’un risque pour la santé publique était établi. Scientifiquement, la conclusion mettait en avant les dangers croissants liés au dérèglement climatique, tels que la multiplication des événements extrêmes (ouragans, canicules, inondations), l’élévation du niveau de la mer, et les conséquences sanitaires comme l’aggravation de maladies ou les décès liés à la chaleur extrême.

Sous la présidence de Donald Trump, cette logique est remise en cause. Reconnu pour son climatoscepticisme et ses déclarations qualifiant le réchauffement climatique de « canular », l’exécutif américain a justifié sa décision par la volonté de privilégier une politique économique favorable au développement des énergies fossiles, jugée plus propice à la croissance nationale. Pour le nouvel administrateur de l’EPA, récemment nommé par Donald Trump, le texte en question a été instrumentalisé pendant plus d’une décennie pour imposer « des milliers de milliards de dollars » de réglementations sur l’industrie du charbon, du pétrole et du gaz. Il soutient également que les modèles climatiques en vigueur lors de l’adoption du texte auraient été « trop pessimistes ».

La Maison-Blanche estime par ailleurs que la suppression de cette base légale permettra d’assouplir la réglementation sur les constructeurs automobiles, entraînant une baisse du coût des véhicules grâce à la levée d’obligations sur l’électrification. La porte-parole de l’administration a avancé un gain estimé à plus de 2 400 dollars par voiture légère, ce que plusieurs économistes contestent, notamment en raison d’hypothèses optimistes sur l’évolution future des prix de l’essence et des incidences éventuelles de nouveaux droits de douane.

Cette décision suscite une vive opposition parmi la communauté scientifique. Des chercheurs rappellent qu’il existe un consensus mondial sur la réalité du changement climatique et sur le rôle déterminant des gaz à effet de serre d’origine humaine. Selon Robert Howarth, professeur à Cornell, le lien entre combustion d’énergies fossiles et réchauffement global est établi de longue date, tandis qu’Abigail Swann, climatologue à Washington, observe que les récents incendies et inondations massifs aux États-Unis confirment l’aggravation des phénomènes extrêmes.

Sur le plan juridique, les conséquences sont tout aussi lourdes. Si certains experts estiment que la majorité conservatrice de la Cour suprême pourrait limiter le pouvoir de l’EPA sans abolir complètement la capacité de l’État fédéral à agir, d’autres préviennent qu’une abrogation totale du fondement scientifique rendrait complexe, voire impossible, toute future réglementation climatique à l’échelle nationale. Plusieurs organisations environnementales ont d’ores et déjà annoncé leur intention de saisir la justice, laissant présager une bataille judiciaire de longue haleine dont dépendra l’ambition climatique des États-Unis dans les années à venir.

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