Investissement : la France à la peine face à ses voisins européens
La France voit son attractivité s’éroder auprès des investisseurs américains, traditionnellement présents en nombre sur son sol. Selon le dernier baromètre annuel publié conjointement par la Chambre de commerce américaine en France (AmCham) et Bain & Company, l’image hexagonale souffre face à la concurrence européenne, sur fond de fragilités économiques et de climat politique incertain.
Alors que les employeurs américains demeurent les premiers investisseurs étrangers en France, leur enthousiasme ne cesse de décroître. En 2025, ils font état d’un climat d’affaires assombri par l’instabilité budgétaire, des propositions fiscales jugées peu favorables et la récente dégradation de la note souveraine du pays par l’agence Standard & Poor’s. Ce contexte instille de la prudence dans les décisions d’investissement, et les mouvements d’effectifs s’en trouvent freinés.
Les chiffres du baromètre sont révélateurs : moins d’un tiers des dirigeants interrogés estiment que leur maison mère perçoit positivement la France par rapport aux autres destinations européennes, un niveau historiquement bas depuis 2017. Signe d’un scepticisme durable, 41 % des sondés prévoient une dégradation du contexte économique de leur secteur dans les deux à trois prochaines années — un sentiment qui risque d’alimenter davantage l’attentisme des entreprises.
Le rapport met en lumière plusieurs critères déterminants pour la localisation des investissements : contexte macroéconomique, stabilité politique, sécurité des actifs, coût et qualification de la main-d’œuvre. Force est de constater que la France accuse le coup sur quatre de ces cinq aspects, observe Marc-André Kamel, directeur chez Bain et vice-président d’AmCham France. En quinze ans, nombre de faiblesses structurelles se sont accentuées, rendant le pays moins compétitif.
La comparaison avec ses voisins européens fait ressortir la perte de terrain de l’Hexagone. Sur les questions de contexte économique et de capital humain, l’Allemagne s’impose nettement. Sa force réside dans la profondeur de son tissu industriel, son engagement envers l’innovation et un important écosystème de recherche. La reprise d’optimisme y est palpable : selon l’AmCham Germany, près de deux entreprises américaines sur trois anticipent une amélioration de l’environnement commercial dans les années à venir, portées par un ambitieux plan de relance dévoilé l’année précédente. Autre point de différenciation : la maîtrise de l’anglais. La France occupe une modeste 38e place mondiale, loin derrière l’Allemagne classée quatrième, selon le dernier rapport EF.
Sur le terrain de la fiscalité, la France peine aussi à rivaliser. Ses concurrents directs, à l’image de l’Irlande — qui affiche l’un des taux d’impôt sur les sociétés les plus bas d’Europe —, de la Suisse et du Luxembourg, sont privilégiés pour leur environnement fiscal attractif. Même sur la qualité de vie, longtemps valeur sûre, la France n’intègre pas le podium, laquelle est occupée par l’Italie, l’Espagne et la Suisse.
La baisse d’attractivité ne se cantonne cependant pas à la France : l’ensemble du continent européen est concerné par une dynamique défavorable. Selon le baromètre EY, les projets d’investissement américains ont reculé de 11 % en 2024, et de 24 % depuis 2022. Les investissements directs atteignent un plancher inédit depuis neuf ans. Plusieurs facteurs expliquent cet essoufflement : ralentissement économique, incertitudes géopolitiques, hausse des coûts de l’énergie et complexification réglementaire. Face à cette situation, les attentes restent fortes concernant la mise en application des mesures préconisées par le rapport Draghi, censées insuffler un nouveau souffle à l’économie européenne.



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