L’Ukraine envisage de restreindre l’accès à Telegram après une vague d’attentats à la bombe

L’Ukraine envisage de restreindre l’accès à Telegram après une vague d’attentats à la bombe

À la suite d’une série d’attentats à la bombe qui ont récemment frappé le pays, les autorités ukrainiennes examinent la possibilité de restreindre l’accès au réseau social Telegram. Cette réflexion intervient alors que plusieurs responsables politiques soulignent le rôle de la messagerie dans le recrutement et la coordination d’actions terroristes, sur fond de guerre hybride avec la Russie.

Le dernier épisode en date a eu lieu à Lviv, le 22 février, lorsqu’une double explosion visant des membres des forces de police a causé la mort d’un agent et blessé vingt-cinq personnes. Le lendemain, deux autres incidents similaires ont touché Mykolaiv et Dnipro, faisant de nouveaux blessés parmi les policiers et endommageant des commissariats. Les services de sécurité ukrainiens imputent ces attaques à des individus recrutés via Telegram, la plateforme cryptée étant utilisée selon eux à des fins de propagande prorusse ou pour des motivations financières.

« L’ennemi utilise systématiquement Telegram pour recruter des terroristes, coordonner leurs actions et mener des attaques », a déclaré Iryna Vereshchuk, ancienne vice-Première ministre ukrainienne, sur son propre canal Telegram. Elle exhorte à une limitation des capacités de ces plateformes, en particulier en temps de guerre, afin d’endiguer ce phénomène.

D’après le ministre de l’Intérieur ukrainien, Ihor Klymenko, près de la moitié des personnes impliquées dans ces actes terroristes auraient été recrutées sur Telegram. Lors d’une conférence de presse tenue le 23 février, il a réitéré la nécessité d’un débat au sein de la société ukrainienne sur la gestion et l’encadrement d’un outil aujourd’hui central dans la communication, mais également dans l’organisation d’actes illicites. Le chef adjoint du Service de sécurité ukrainien (SBU) a également appelé à un renforcement de la réglementation des plateformes numériques.

La question de la régulation de Telegram s’avère d’autant plus épineuse que l’application revendique près de 10 millions d’utilisateurs dans le pays, soit un quart de la population. Selon une enquête menée en 2023 par USAID, 70% des Ukrainiens déclarent y puiser une grande partie de leur information quotidienne. Cet aspect central de la vie numérique ukrainienne complique toute tentative d’interdiction ou de restriction généralisée.

La plateforme, fondée par le Russe Pavel Durov, qui réside aujourd’hui à Dubaï, est parfois soupçonnée de liens avec le renseignement russe, bien que l’entreprise ait nié toute proximité avec le FSB. Des médias d’investigation ont révélé que certains flux de messages transiteraient par des infrastructures proches du renseignement russe. Par ailleurs, en 2024, les services de sécurité ukrainiens ont également accusé la Russie d’exploiter Telegram pour des cyberattaques, la diffusion de malwares ou encore le ciblage de frappes militaires à partir de données collectées sur la plateforme.

Pour l’heure, seuls les membres du gouvernement, de l’armée et de certains services de sécurité sont soumis à des restrictions concernant Telegram, depuis septembre 2024. Aucune décision n’a été annoncée pour le grand public. Toutefois, selon le Kyiv Post, un projet de loi visant à encadrer Telegram à l’échelle nationale serait en préparation, sans que les modalités pratiques de son application n’aient encore été précisées.

L’expérience russe pourrait servir d’avertissement. Moscou a récemment restreint l’accès à Telegram, incitant sa population à privilégier une messagerie nationale surveillée baptisée Max. Rapidement, ces mesures ont eu des conséquences opérationnelles sur le terrain, perturbant les communications entre soldats, d’autant plus que les liaisons alternatives via Starlink ont été coupées par le fondateur de SpaceX, Elon Musk. Des unités entières ont alors connu d’importantes pertes en communication, voire des incidents de tirs amis.

Face à la menace croissante et à la guerre de l’information qui fait rage, l’Ukraine s’interroge sur le délicat équilibre à établir entre sécurité nationale et libertés numériques. Le débat sur la place et le contrôle de Telegram s’annonce déterminant pour la suite du conflit et l’avenir du paysage informationnel ukrainien.

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