La Monnaie de Paris : diversification et résilience à l’ère du numérique

La Monnaie de Paris : diversification et résilience à l’ère du numérique

Alors que le recul structurel de l’utilisation du cash en France et en Europe semblait condamner l’avenir du secteur, la Monnaie de Paris réalise en 2025 une année record avec un chiffre d’affaires historique de 197,2 millions d’euros et une rentabilité en hausse de 45 % sur un an. Une performance remarquable pour cette institution plus que millénaire, fondée en 864 et toujours installée quai Conti à Paris. Pour Marc Schwartz, son président, cette réussite s’explique avant tout par la stratégie de diversification engagée depuis plusieurs années : « Nous avons enregistré une croissance supérieure à 70 % de notre chiffre d’affaires depuis 2020, dans un contexte de baisse de la commande de l’État et face à la chute des paiements en espèces, passés derrière la carte bancaire dans les usages quotidiens. »

Dans une économie désormais dominée par les paiements électroniques — seuls 43 % des transactions en France s’effectuent en cash — la Monnaie de Paris a su transformer son modèle. Deux axes en ressortent : l’exportation de monnaies courantes, qui représente dorénavant 70 % de la production, et la montée en puissance des monnaies de collection dont l’offre, revisitée autour de nouveaux univers populaires (pop culture, sport, astrologie), séduit une clientèle élargie. La vente directe aux particuliers, désormais majoritaire grâce au e-commerce, ajoute à la dynamique. L’innovation reste également un moteur, notamment avec le développement des activités dans l’investissement en or ou l’horlogerie, et le lancement prochain d’une offre « Bullion or » calquée sur les cours mondiaux.

Au niveau international, la concurrence est vive : alors que le marché domestique des monnaies recule partout, plusieurs acteurs historiques européens se disputent des contrats à l’export. « Notre usine de Pessac fonctionne désormais en trois-huit pour suivre la cadence, explique Marc Schwartz. Les contrats signés concernent déjà des livraisons jusqu’en 2027. » Dans ce contexte, le dirigeant souligne l’importance du « triangle magique » industriel — coûts, qualité, délais — pour garder l’avantage.

La question de la survie du cash fait débat, alors que des voix s’élèvent, au niveau européen, en faveur des solutions dématérialisées. Mais pour Marc Schwartz, l’avenir de l’argent liquide n’est nullement menacé. « Je ne crois pas du tout à la disparition du cash en Europe », affirme-t-il, s’appuyant sur la stabilité des enquêtes d’opinion : 83 % des Français demeurent attachés aux espèces, privilégiant leur caractère rassurant, universel et résilient en cas de crise. Les récentes crises, de la guerre en Ukraine à la panne d’électricité de grande ampleur en Espagne, ont montré la persistance du cash comme instrument de confiance et de sauvegarde.

Au-delà de son usage économique, la monnaie conserve une dimension symbolique forte. Pour la Monnaie de Paris, acteur historique de la lutte contre la contrefaçon aux côtés de Bruxelles, mais aussi moteur dans la modernisation de l’imagerie monétaire — Joséphine Baker, Marie Curie ou Simone Veil sur les pièces françaises — la fabrication monétaire reste indissociable d’un message de cohésion collective. « La monnaie est un récit commun, un marqueur d’appartenance, insiste Marc Schwartz. L’euro, à travers la complémentarité de ses faces communes et nationales, incarne parfaitement cette union dans la diversité européenne. Les enquêtes le confirment : plus de 80 % des Européens y sont attachés. »

Si les usages évoluent, la Monnaie de Paris illustre ainsi la capacité d’une institution bicentenaire à allier tradition et innovation, affirmant son rôle de témoin de l’histoire européenne tout en s’adaptant aux mutations du marché mondial.

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