La Stratégie nationale sur l’alimentation, la nutrition et le climat publiée après de longs retards

La Stratégie nationale sur l’alimentation, la nutrition et le climat publiée après de longs retards

Après près de trois années d’attente et plusieurs reports, le gouvernement a finalement rendu public ce mercredi 11 février la Stratégie nationale pour l’alimentation, la nutrition et le climat (SNANC). Initialement attendue avant juillet 2023 dans le cadre de la loi Climat et résilience, cette feuille de route ambitionne de permettre à tous les Français d’accéder à une alimentation plus saine, plus durable et plus locale, tout en favorisant la souveraineté agricole du pays. Le document s’articule autour de quatre grands axes et entend coordonner les politiques publiques sur les thématiques alimentaires, sanitaires, environnementales et de recherche.

Parmi les premières controverses, la question des produits ultra-transformés, qui fait l’objet d’un consensus scientifique croissant sur leurs effets délétères pour la santé, a été presque totalement éludée. Initialement évoquée dans une version de novembre, la mention d’une limitation de ces produits a été retirée du texte final, à la demande du ministère de l’Agriculture, en dépit de la position défendue par les ministères de la Santé et de la Transition écologique. Le sujet figurait pourtant parmi les priorités soulignées par des études récentes, notamment dans la revue The Lancet. Finalement, la version publiée évoque les aliments ultra-transformés de façon marginale, se contentant d’annoncer la poursuite des expertises sur le sujet d’ici à 2030. Une approche que regrette Agnès Pannier-Runacher, ancienne ministre de la Transition écologique, voyant là un enjeu sanitaire majeur, dont l’Institut Montaigne estime le coût annuel à 125 milliards d’euros.

Le traitement de la consommation de viande constitue un autre point névralgique du texte. Si la SNANC reconnait le rôle des élevages dans les émissions de gaz à effet de serre – qui représenteraient 12 % des émissions anthropiques mondiales d’après les Nations Unies –, elle n’édicte toutefois aucun objectif précis de réduction. Le document se limite à préconiser une « limitation de la consommation de viande et de charcuterie, en particulier importées », de pair avec l’augmentation de la consommation de fruits, légumes et légumineuses, mais sans donner d’objectifs quantitatifs. À noter que la volaille, pourtant la viande la plus consommée en France, en est explicitement exclue. Cette prudence inquiète les défenseurs du bien-être animal et de l’environnement qui, à l’image de Brigitte Gothière (L214), auraient souhaité des mesures chiffrées et plus ambitieuses, allant jusqu’à évoquer la fin de l’élevage intensif à l’horizon 2030.

En matière de transparence, la stratégie entend renforcer l’information du consommateur. Parmi les mesures annoncées figurent l’extension de l’affichage Nutri-Score, le développement d’un nouvel étiquetage environnemental ou la transparence sur la part de produits durables achetés par la distribution et la restauration commerciale. En revanche, aucune mesure de contrainte n’est prévue pour limiter la communication sur les produits trop gras, sucrés ou salés à destination des plus jeunes. Le texte se contente de promouvoir des campagnes de sensibilisation et l’encouragement à la consommation de produits « durables et de qualité ».

La lutte contre le gaspillage alimentaire occupe également une place centrale : la SNANC réaffirme l’objectif gouvernemental de division par deux du gaspillage d’ici à 2030, conformément à la loi AGEC. S’y ajoutent des mesures de formation à l’alimentation durable à destination des enseignants et professionnels de santé, ainsi qu’une politique de bilans préventifs en matière diététique et nutritionnelle. La promotion de l’agriculture biologique s’affiche également en bonne place, le texte fixant pour objectif que 12 % de la consommation alimentaire soit issue du bio, et jusqu’à 20 % dans la restauration collective, publique comme privée. Malgré ces ambitions, le texte est accueilli avec une certaine réserve par les acteurs du secteur, qui y voient un cadre sans mesures réellement contraignantes et aux objectifs parfois peu précis.

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